A l'homme qui voudrait dompter la femme il lui faudrait d'abord apprendre à se dompter lui-même. S'il est lui aussi un cheval qui se cabre sous l'effet de la crainte et autres passions aussi que des instincts, il ne pourra être l'homme qui la chevauchera.
A cru c'est un peu sauvage mais l'homme civilisé la sellera et l'éperonnera, ce qui n'est pas pour être moins sauvage plus doux, et des deux on ne saurait dire qui est le sauvage mais bien le plus doux, qui a plus de douceur que de sauvagerie dans le regard, aussi que dans le cœur.
Et l'homme en cela a beaucoup à apprendre de la femme qui se cabre. Ce n'est pas comme ça qu'il faut faire avec moi. Sans doute celui qui murmure à l'oreille des chevaux et monte à cru est le meilleur des dompteurs. Mais qui dit que la femme comme le cheval ne voudrait pas monter l'homme.
Et si ce n'était pas elle le cheval et que l'amour de l'homme n'était que du viol, et ça le serait à chaque fois que la femme ne le veut pas. Et le sauvage le sait mieux que l'homme civilisé car sous lui elle ne porterait ni selle joliment ouvragé ni éperons dorés pour mieux la commander.
Et si c'était elle la femme qui dompte l'homme, et l'homme ce cheval fougueux que la femme calme comme elle peut. Et elle le peut si les instincts et si les passions de l'homme ne sont pas trop fortes, c'est-à-dire plus fortes qu'elle.
Et qu'il ne l'écoute pas, car c'est la femme qui lui murmure à l'oreille tout ce qui dicte sa conduite, aussi qui le calme et le rassure; l'homme qui ne s'inquiète que quand elle le quitte est l'homme qui inquiet par nature perd son inquiétude quand il gagne l'amour d'une femme.
Mais l'amour d'une femme n'est jamais acquis à l'homme et "quand il croit serrer son bonheur, il le broie" dit le poète. Et ce que j'entendais dans mon enfance je voudrais encore qu'on l'entende: "un homme sans femme est un cheval sans bride", à quoi j'ajouterai: qui souvent préfère la femme à sa liberté.
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