Quand l'indien d'Amérique aussi bien que l'indigène de toute contrée dite sauvage bien qu'habitée par l'homme vit dans les mains de l'homme blanc un livre il en déduisit que c'était une arme.
En quoi il ne se trompait pas tout à fait et je dis tout à fait parce qu'il ne faudrait pas non plus étendre à tous les livres ce qui était le fait d'un seul livre: la bible.
Il faudrait encore ajouter que plus qu'à ce livre c'est à la croyance en ce livre aussi qu'à la place qu'il donnait à l'homme et à la charge d'hommes ou mission qui résultait de la foi qu'elle lui prêtait qu'il trouvait sa force et sa puissance de feu plus qu'en toutes les autres armes.
Encore aujourd'hui les armes traditionnelles pour ne pas dire conventionnelles, issues de la science et des techniques, ont du mal à s'opposer à cette arme qui oblige il est vrai une plus grande implication de l'homme allant jusqu'à son sacrifice.
Pourtant il était, et c'est ici parole d'incroyant, ce livre, le produit de la même faculté fabulatrice qui donne naissance aujourd'hui à tant de romans qui ne communiqueraient à leurs lecteurs, le lisant d'emblée comme une fiction, aucune puissance d'action comme de pensée.
Il faudrait dire alors à ceux qui craignent la disparition du livre, et ce ne serait pas les rassurer, qu'il a d'abord perdu beaucoup de sa force et de sa crédibilité aussi que de sa vocation, que dans le divertir en enseignant il y a maintenant plus de divertir que d'enseignements.
Autrement dit qu'il ne faudrait pas regretter ce qui ne serait plus une grande perte pour l'humanité puisqu'il aurait moins charge d'humanité. Quant à ce que le premier livre l'ait maltraité à l'humanité ou concourut à ses mauvais traitements, rien n'est moins sûr que les livres actuels la traitent mieux.
Jamais on aurait autant parlé en bien du livre que quand il va mal, aussi chacun peut craindre que l'on se mette à parler en bien de lui, cela ne semble pas très naturel à l'homme et bien le fait de la société qui a un goût inavoué pour la mort et les enterrements et les funérailles; et les commémorations et les célébrations.
Mais pour le vivant je n'en vois point et pour les livres qu'en temps qu'ils sont lettres mortes, devenues cultes, et c'est en quoi on ne pourrait le considérer que comme un lecteur primaire lui qui en lisant pensait communiquer jusqu'avec l'esprit des morts et trouvaient leurs paroles plus vivantes que celles des vivants, à croire qu'il restait en lui quelque chose de la religion du livre, du livre premier.
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