Allez dire à l'être amoureux, c'est-à-dire à l'être romantique, que son amour répond à un besoin ou nécessité, que son état sentimental résulte d'un état physiologique. Ce n'est pas qu'une fois satisfait ce besoin il n'aimera plus. Il ne s'agit pas ici de Don Juan, du désir et de la séduction. Au contraire, ce sentiment amoureux contribue en quelque sorte à fidéliser la relation.
Mais, a t-il une nouvelle relation qu'il ne comprendra plus ce qui lui arrive. Il voudrait faire la part des choses. Il y aurait pour lui d'un côté la nécessité biologique et de l'autre les sentiments. Mais, voilà qu'il se met à aimer l'autre personne qui ne devait répondre qu'à cette nécessité. Rien de plus naturel et preuve que l'état sentimental résulte d'un état physiologique, que c'est le corps qui commande à l'esprit.
On a vu cependant que l'esprit aussi voudrait commander au corps puisque les sentiments devraient contribuer à fidéliser la relation, mais il ne le font que s'il est d'abord répondu à ce besoin du corps d'où naissent les sentiments amoureux. A partir du moment qu'il n'y est plus répondu ou que l'on va chercher la réponse ailleurs c'est ailleurs aussi que naissent les sentiments.
Il ne faut pas aller trop vite en besogne et considérer que l'on n'est que des bêtes mais que notre esprit est attaché à notre corps, et je dis bien à notre corps et pas au corps de l'autre puisque ce dernier est interchangeable. Ce n'est pas aussi que son corps que l'on aimera parce que cet autre corps ne sera pas non plus dénué d'esprit et que l'on ne pourra aimer vraiment l'un sans l'autre pour s'y attacher.
L'être amoureux est donc l'être qui s'attache à un corps mais qui ne serait pas qu'un corps pour lui. Il pourra cependant se dire que tous les autres corps vacants n'étant que des corps pour lui il n'a pas de raison de s'en passer, mais c'est oublier non seulement que ce ne sont jamais que des corps, aussi que pas plus que les bébés naissent dans les choux les sentiments naissent de l'air du temps, que les corps enfantent bébés et sentiments.
CITATION
Sterne dans Vie et opinions de Tristram Shandy écrit: "Rares furent les fils légitimes d'Adam dont la poitrine ne ressentit jamais l'aiguillon de l'amour (les misogynes étant a priori tenus pour bâtards): et de cet honneur, neuf parts au moins sur dix reviennent aux plus grands héros de l'histoire antique et moderne." Ou encore sur Toby au cœur pur et à l'esprit simple d'"une telle ignorance sans suspicion des plis et replis du cœur féminin que, dans la nudité sans défense où il se présentait à vous vous pouviez bien, à l'abri de vos voies serpentines, lui percer le foie de dix flèches par jour en admettant que neuf n'aient point suffi à vos desseins."
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