samedi 23 novembre 2024

Le concerto


Il est plus facile de faire un assassin que de faire un musicien, ça lui était venu de dire ça parce qu'il écoutait le concerto pour piano 1&2 de Tchaïkovski, mais pas seulement, quand il avait parlé dans la salle de sport à un costaud de la volonté de puissance, l'autre lui avait répondu que oui d'accord, qu'il ne niait pas qu'il y eut en lui une volonté de puissance comme il y en avait dans les Etats mais que tout dépendait de ce que l'on faisait avec, que lui avec il ne cherchait pas à écraser les autres, c'était de la dissuasion en quelque sorte qu'il crut comprendre parce que c'était pour ça aussi que lui c'était fait une carapace, ça mettait du temps aussi à se faire une carapace, mais les tortues ne sont pas méchantes et plutôt lentes, elles ne sont pas dans la course, dans aucune course, et pas plus dans la course à l'argent que dans la course à l'armement. Elles prendraient bien le temps de devenir musicien si elles en avaient le talent, mais voilà le talent n'est pas donné à tout le monde. C'est sans doute aussi pour cela qu'il y en a qui deviennent des assassins: parce qu'ils ne se trouvent de talents pour rien. Souvent il avait pensé aux gens de sa condition et à la résignation. C'est qu'il y en a qui ne se résigneraient pas. Pas plus loin que son frère. Mais il faudrait qu'il arrête de taper de la sorte sur le dos de son frère qui avait préféré manifester de la rage plutôt que de la résignation, car n'y avait-il pas là un certain courage comme dans la résignation une certaine lâcheté face à la vie et ce qui l'animait à la vie comme les passions et parmi elles, et sans doute la plus forte d'entre elles et d'après Nietzsche: la volonté de puissance. 

Le concerto montait en puissance. Il devrait s'acheter une chaîne que lui avait dit son ami mélomane. Son poste radio cassette et lecteur de CD faisait que la musique quand elle montait en puissance n'était pas loin d'être du bruit, d'être simplement bruyante. Il n'avait jamais acheté de musique dite classique mais son père écoutait Tchaïkovski aux derniers jours de sa vie. C'était le CD de son père. Personne n'en avait voulu. Il croyait encore entendre son père gueuler. Ce devait être un violent le Tchaïkovski ou toujours cette volonté de puissance. Qu'en avait-il fait son père de cette volonté de puissance? Il avait pris la direction du Lycée Français de Madrid et jouer sa dernière partition comme un véritable chef d'orchestre. Il ne pouvait en effet manquer de voir son père une baguette à la main, et tonitruant, tonitruant comme ce concerto de Tchaïkovski et sans doute parce que sortait de son poste radio cassette et lecteur de CD un son mauvais comme lui avait dit son ami mélomane. Mais d'après lui tout le monde serait mélomane et aussi mauvais. Il y aurait cependant une petite musique qui jouerait dans la tête de chacun. Et c'est pourquoi il écoutait cette musique. En pensant qu'elle avait joué dans la tête de son père. Il y avait quelque chose qui passait par la musique. Tout le monde le disait. Mais personne n'aurait su dire quoi. Lui non plus. Son père était en train de se calmer. Et c'était dans ces phases musicales plus calmes qu'il appréciait le plus Tchaïkovski. Mais voilà que ça lui reprenait. Il se demandait comment son poste pouvait contenir une violence aussi grande sans exploser. La même question il pouvait aussi se la poser pour le monde qui était pour lui toujours comme au bord de l'explosion. 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire