jeudi 31 octobre 2024

Les âges de la vie


Il est un âge et c'est le vieil âge où les femmes plus que les hommes ne veulent plus se remettre en ménage. Il est un âge et c'est le jeune âge auquel les hommes et les femmes s'en remettent comme étant le plus bel âge de leur vie. C'était un monde sans attaches. Avant qu'ils se fixent. Avant le foyer. Avant la famille. Avant les liens du mariage. Les liens, les attaches. Prison. Esclavage. Le monde libre n'est-il pas celui de la libre circulation non seulement des biens mais des personnes. Certes, on s'attache aux attaches au point de ne plus concevoir un monde sans attaches, sans liens, et ceux qui ont perdu leur famille ou leur foyer pleurent leur famille ou leur foyer, mais n'y a t-il pas non plus un attachement du prisonnier à sa prison, de l'esclave à son esclavage, que fera t-il? qu'en sera t-il de lui une fois libre? Il lui faudra s'habituer à une nouvelle vie. Cette vie a pourtant été la sienne avant la prison, avant l'esclavage, et il peut en avoir le même souvenir que d'autres ont de leur jeunesse, de leur liberté perdue et parfois retrouvée souvent malgré eux (un divorce, un décès). Et si l'homme veut retrouver chaussure à son pied c'est, pardonnez l'expression, parce qu'il veut enfiler la femme comme on enfile une chaussure et qu'il ne sait plus marcher sans. Aussi cette idée (fixe) chez l'homme qu'il n'y aurait qu'une chaussure, la chaussure idéale, qui irait à son pied. La jeunesse correspondrait alors à ce temps où on la cherchait cette chaussure. Puis on l'aurait trouvée. Mais cette illusion de l'avoir trouvée on le sait maintenant, c'est-à-dire trop tard, que ce n'était qu'une illusion. Combien de divorces alors. Mais les divorces ne mettent pas fin pour autant à cette illusion. Et on trouve même un joli nom à donner à cette illusion: on l'appelle l'amour. Et l'amour est le premier lien, appelons le le lien originel et fondateur, car il l'est aussi créateur de tous les autres liens, sans doute aussi à l'origine de la propriété. Qui ne voudrait pas que l'amour dure toujours? Alors il faut le faire sien. Alors il faut la faire sienne. Et tous ce qui va avec après. Et tous ce qui va avec après devient liens. On s'y attache. Et quand on perd on perd tout, tout ce à quoi on se serait attaché. L'être et les biens matériels qui iraient avec, les biens matériels aussi bien que les enfants qui vont avec. Mais avec c'est le lien, l'attache, tandis que le sans est le sans lien, sans attache, le libre. On pourrait dire alors (en parodiant Pascal) que le malheur de l'homme est de ne pas savoir rester sans attache, sans lien, sans rien, qui est comme il est venu au monde (une fois coupé le cordon ombilical), qui est comme il va mourir. N'était-il pas cependant heureux dans sa jeunesse? N'est-ce pas aussi parce que les femmes ont été les plus prisonnières, les plus esclaves, qu'après ce sont-elles plus que les hommes qui ne veulent plus se remettre en ménage?


NB

Il est fort compréhensible que les hommes veulent des liens, des attaches, mais qu'ils ne prétendent pas ensuite vouloir être libres. Qui pourrait dire maintenant ce qui les rend plus heureux: d'avoir des liens, des attaches, ou d'être libres? C'est qu'on n'est pas éternellement jeune (autre illusion que celle de l'éternelle jeunesse).

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