Ne peut-on pas vivre pour soi qu'il faut toujours en appeler aux autres et ceux qui en appellent toujours aux autres ne vivent-ils pas toujours que pour eux seuls, et n'est-ce pas là la grande hypocrisie de cette société qui ne vit que pour elle-même, et ne voudrait que l'on vive que pour les autres, les autres se seraient eux et eux se seraient la société, car c'est la société qu'ils prétendent être et au nom de la société qu'ils prétendent parler quand ils ne parlent que pour eux-mêmes. Il est difficile cependant de déroger à cette loi qui n'est inscrite nulle part sinon dans le cœur et l'esprit de chacun aussi pourri soit-il et qu'aurait le ver pourri le fruit de la société, et on lui donne de beaux noms comme ceux de justice et d'égalité et de solidarité où sa vie ne serait rien sinon le prix à payer pour que les autres vivent, les autres étant bien entendu ceux qui se réclament de la société, et la boucle est bouclée, et le ver continue de nous ronger: a t-on fait le bien? a t-on fait au mieux? Oh non, pas pour nous, surtout pas pour nous, mais pour la société, pour qu'elle produise, pour qu'elle continue à produire de ces beaux fruits mais tout pourri de l'intérieur, mais peu importe l'intérieur si l'intérieur ne se voit pas, ne se montre pas, n'est pas ce qui est mis en vitrine, et que la vitrine de la société est belle, mais qui a mangé de ses fruits pourris il lui reste un goût qui est comme un goût de pourriture et il doit se faire à ce goût de pourriture, car tout le monde montre une mine réjouie, car il faut être positif, et s'il y a comme un goût d'amertume savoir ne pas être amer. Les autres il y a aussi de jolis noms pour les nommer: la société, l'humanité, et revêtus de ces jolis noms on ne peut plus rien dire sur eux de mauvais. Et vis-à-vis de l'autre un seul sentiment serait la règle à laquelle il ne faudrait pas déroger: l'altruisme.
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