La pauvreté affective est celle qui semble le moins poser problème à tous quand c'est celle qui me semble affecter tout le monde. Peut-être est-on devenu tous plus riches matériellement aussi qu'intellectuellement quoique cela demanderait a être vérifié et pour toute l'humanité pensante et souffrante, mais notre contentement affectif qui lui vient de notre relation à l'autre on ne peut pas dire qu'il ne se ressente pas de notre façon d'être en société. Souvent j'ai accusé ma propre pauvreté affective de procéder de ma propre pauvreté relationnelle, soit de mes piètres qualités a établir une relation satisfaisante avec autrui. Mais c'était ne pas me demander si autrui était disponible quand c'est cette disponibilité qui me semble de plus en plus réduite. Voudrais-je lui parler qu'il ne m'entend pas parce qu'il a ses oreillettes. Aussi il semble que la part même de hasard, le hasard des rencontres, se réduise comme une peau de chagrin. Certainement que la priorité n'est pas faite à ça, et je parle de la priorité de chacun, l'autre n'est pas notre priorité. Notre bien être nous apparait de plus en plus comme un bien être indépendant, soit qui ne dépend pas ou de moins en moins de l'autre. C'est parce que nous ne pensons qu'à notre bien être matériel et ne prenons pas en considération notre bien être affectif qui pourtant soufre de l'absence de l'autre. Faire face au quotidien est de moins en moins faire face à l'autre. Nous nous sentons aussi de moins en moins capable de sortir de façon satisfaisante (et c'est dire satisfaisante pour les deux) de cette confrontation avec l'autre que nous tâcheront par conséquent de plus en plus d'éviter à l'avenir. Le haut degré de technicité de notre société nous le permet, aussi c'est avec cette technique que nous nous arrangeront au mieux et de sorte qu'elle nous évite de nous coltiner l'autre. Processus déjà bien engagé et qui ne fera que s'accroître avec le temps. Non, les techniques modernes de communication ne sont pas forcément favorables à la communication humaine, celle en tout cas où il passe de l'affectif. Parce que l'affectif est aussi lié au corps, à la présence des corps, au langage des corps, il ne peut se satisfaire d'une relation virtuelle. Cette relation virtuelle touche à l'existence même des corps, est leur négation, et leur négation est une négation de l'affectif. L'affectif passe de plus en plus pour encombrant, dérangeant; n'est-ce pas ce que l'on pourrait dire aussi des corps. Le commerce des corps lui est accepté, d'autant plus accepté qu'il est dénué d'affectif: on veut bien un corps mais un corps objet qui nous en facilite l'usage où la propriété, pas un corps à qui l'on ait à rendre des comptes, pas un corps habité, qui est une présence qui ne soit pas seulement charnelle mais affective. L'affectivité de l'homme n'entre pas dans les paramètres à prendre en considération par la société, il n'y aurait rien a en tirer.
On peut le comprendre pour la société mais on le comprends moins pour l'homme car c'est lui qui en souffre dans sa relation à l'autre, ou plus précisément dans son absence de relation à l'autre. Et c'est parce que l'homme en est arrivé à penser comme la société pense qu'il n'en tient pas plus compte qu'elle, de l'affectif. Et si la société le considère comme une faiblesse il ne voudra pas passer pour faible vis-à-vis d'elle, c'est-à-dire aussi des autres puisque les autres pas plus que lui ne saurait penser autrement que comme la société pense. Non, la pression sociale ne favorise pas la ou les démonstrations affectives, à distinguer des démonstrations sentimentales qui elles s'expriment et en s'exprimant ne font que révéler le vide affectif, voire le manque affectif, par le vernis du discours sentimental, sentimental et creux. Quand le corps aussi que le cœur en tant qu'organes du corps restent froids, quand le sang n'est pas remué. Il faudrait être plus profond pour les atteindre. Mais pour être plus profond il faudrait être aussi plus impliqué, plus engagé à fond, avec les tripes aussi. Mais plus rien n'est remué ou semble vouloir remuer sinon en surface les turbulences d'un esprit vain plus ému par ses propres paroles que par l'autre. Rappelons que l'affectif n'est pas purement intellectuel mais aussi organique. Quand on dit qu'on est touché c'est aussi le corps qui est touché parce que l'on vit aussi avec un corps. Et "je tremble pour toi" est une phrase qu'on entend moins quand tout le monde ne tremble plus que pour lui. Et pourquoi tout le monde tremble pour lui seulement sinon parce que c'est de la société qu'on a peur, la société qui maintient tout le monde dans la peur qui est la peur de ne plus avoir, pas la peur de ne plus être, de manquer d'avoir, pas de manquer d'être, car quand est-il de notre être dépourvu d'affectif, dépourvu d'affectif on est la société. La société qui n'a pas d'être mais de l'avoir, la société qui n'a pas de corps, et qui par conséquent n'aura jamais souci et soin du nôtre, du mien aussi que du tien, et de ce qui les lie, quand ne peut vraiment nous lier à nous que ce qui les lie à eux, nos corps, quand ne peut vraiment les lier que l'affectif.
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