jeudi 26 septembre 2024

Une Cour virtuelle


Je ne peux pas penser que les hommes aient changé avec le temps sinon il n'y aurait plus tout ce qu'il y avait avant et parmi tout ce qu'il y avait avant et qu'il y a toujours il y a les guerres, mais il n'y a pas que les guerres. Je m'intéressais à la Cour. Où serait passée la Cour, celle des rois et de ses courtisans? D'abord je la vis dans la Cour des ministres puisque nous sommes passer de la théocratie (le roi était un roi divin qui recevait son pouvoir de Dieu) à la démocratie (où nos dirigeants recevraient leur pouvoir du peuple). Mais c'était trop limiter le nombre des soupirants au pouvoir. Mais comme nous étions aussi passé à l'ère du virtuel je pensais à la télévision comme à une Cour virtuelle. Tout s'éclairait alors. Qui ne rêve pas aujourd'hui de passer à la télévision. C'est une consécration laïque certes, mais il faut passer par la télévision comme il fallait passer par Dieu pour être reconnu des hommes. Tout ceux qui se montraient à la Cour se montrent aujourd'hui à la télévision. Ce ne sont pas les mêmes personnes, me direz-vous. Mais si, se sont les mêmes personnes, quoique d'un autre temps. N'y a t-il pas à la télévision des comportements de Cour? N'y a t-il pas à la télévision des intrigues de Cour? N'y fait-on pas attention à ce que l'on dit comme à comment l'on s'y présente? Tout n'y est-il pas sujet à commentaire, au quand dira t-on? N'y est-on pas présenté? Peut-on s'y présenter sans avoir été présenté? Ne faut-il pas avoir des relations pour passer à la télévision? Ne s'y fait-on pas un nom? Les plus grands courtisans ne sont-ils pas connus de tous?... 

Oui, aujourd'hui comme hier le pouvoir a su rassembler autour de lui tous les intrigants pour en faire des courtisans, pour faire que toutes leurs petites intrigues se limitent à faire en sorte de passer à la télévision, c'est-à-dire à faire parti de la Cour. Il y en a bien qui refusent de recevoir des prix mais pas de passer à la télévision où ils se vanteront alors d'avoir refusé tel ou tel prix. Jamais on ne reconnaitrait autant leurs mérites, jamais ils n'apparaitraient autant à leurs yeux comme aux nôtres, qu'en les voyant à la télévision. Il m'est arrivé par le plus grand des hasards d'en voir certains grandeur nature, certains de ceux que j'avais vu grandeur télévision, et c'est vrai qu'ils me sont apparus moins grands, moins beaux, moins éloquents aussi, et surtout moins sympathiques qu'ils m'étaient apparus à l'écran. En fait, je ne les avais pas reconnus du premier coup d'œil et il fallut que l'on me dise: "regarde c'est un tel, celui qui passe sur…" Aussitôt il m'apparut comme plus grand, plus beau, plus sympathique, et j'eus envie tout de suite de faire sa connaissance. C'est que tout le monde est le courtisan de tout le monde ou peut très vite le devenir. Cela n'étonnerait cependant personne que je n'en devins pas pour autant un vrai courtisan, j'entends par là quelqu'un qu'on voit à la télévision plus grand, plus beau, plus éloquent qu'on ne le verrait en réalité. Vous me trouverez chez moi et vous les trouverez à la télévision comme s'ils y étaient chez eux, et c'est de là que l'on se voit et se regarde le mieux, eux et moi. Peut-on maintenant parler de moi comme on parlait du petit peuple de Paris et d'eux comme des Grands de la Cour de Versailles. C'était un autre temps, me diriez-vous. Laissez-moi en douter.

CITATION

"Si Nixon ne rendait personne particulièrement heureux, le poste de télévision était dans le même cas. Son message équivalait à celui de Nixon: je suis là pour vous calmez… vous en avez besoin!" Norman Mailer

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