vendredi 27 septembre 2024

La fin et les moyens


Il n'est pas dit que le plus sûr moyen de donner une fin à nos pensées comme à nos actions soit d'en avoir une que nous aurions choisie, car ce choix que nous croirions avoir fait peut être celui de la société, tandis que celui que nous n'aurions pas fait et auquel nous serions poussé par une volonté propre quoique inconnue de nous serait notre véritable fin. Ce déterminisme absolu parce que nous serions absolument déterminé par une fin qui nous serait donc propre serait aussi et paradoxalement notre absolue liberté, véritablement cette liberté aux yeux bandés qui nous indiquerait cependant le chemin à suivre. Il faut préférer cette aveuglement personnel à celui de la société. Si nous avançons les yeux bandés et que c'est la société qui nous les bande alors oui on peut parler de déterminisme, mais si c'est la liberté qui nous les bande de sorte justement que l'on soit libre et non déterminé à faire ou à penser ceci plutôt que cela, alors on ne peut pas parler de déterminisme. Qui comprendrait cela ne pourrait plus se vanter d'être quelqu'un de déterminé, car quelqu'un de déterminé est tout sauf libre. Or il n'y a pas de créativité sans liberté. Faut-il échapper à notre propre pensée ou que notre propre pensée nous échappe. Déterminisme. Domination. Valent pour le pouvoir. Mais il y a ce qui échappe au pouvoir. Liberté. Créativité. Aussi la société n'échappe pas au pouvoir. Aussi l'homme échappe au pouvoir. A l'université on vous apprend à soutenir une thèse, c'est en quoi l'université est une institution étatique. Qui ne voudrait rien soutenir du tout serait entièrement libre. Mais rien ne dit que n'ayant suivi aucune fin qui lui soit extérieure il n'ait pas été guidée par une fin intérieure, et ce n'est pas parce qu'il ne l'aurait pas vue qu'elle n'existerait pas, ni qu'il ne l'aurait davantage soutenue s'il avait voulue la soutenir.

Il est très clair aussi que l'homme ne veut pas connaître sa fin et qu'elle lui est toute personnelle, et quand il meurt il meurt seul, la société ne meurt pas avec lui, pourquoi exprimerait-il alors de son vivant, dans ses actes comme dans ses pensées, une autre fin que la sienne. Et en effet s'il est livré à lui-même aussi ses actes et ses pensées seront livrés à eux-mêmes. Mais s'il est livré à la société? Et l'on sait que l'homme n'est pas tout entier livré à lui-même. Mais il ne faut pas non plus tout entier le livrer à la société. J'entends aussi qu'il ne s'y livre pas tout entier de lui-même. On n'échapperait pas à son temps. Quel est le vendu qui a dit cela? Car s'il n'y a pas moyen d'échapper il n'y a pas moyen d'être libre. Mais quand on parle de fin on en vient toujours à parler de moyens, des moyens à se donner pour épouser sa fin. Mais ignorant la fin ignorons aussi les moyens. N'y aurait-il que des vendus? Leur fin serait alors la fin de la société puisqu'au lieu d'épouser leur fin ils auraient épouser les moyens que leur auraient offert la société pour aboutir bien entendu à ses fins. 

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