Pourquoi reprendre encore cette pensée de Pascal, l'homme ne sait pas rester sans rien faire, sinon parce qu'elle rendrait au mieux l'état d'une société qui pêcherait plus par excès d'activités que par défaut et parce que c'est aussi à l'excès que l'on est porté comme motivé par elle; et surtout parce que cela aiderait à mieux comprendre cette idée de présence passive. C'est que nous pensons toujours bien faire en faisant plus et mal faire en faisant moins, pour ne pas dire en ne faisant rien du tout. Cette idée m'est venue grâce à l'entreprise d'une auxiliaire de vie auprès de ma femme malade d'Alzheimer, si l'on peut parler d'entreprise quand il s'agit justement de ne rien entreprendre. Au lieu de la faire marcher, ce que je ne manquais pas de lui reprocher, et c'était ce que je faisais et le faisant la fatiguait car elle n'était plus en état de marcher n'en n'ayant même plus la force, l'auxiliaire de vie se contentait alors d'être assise à côté d'elle sans plus bouger qu'elle. Je partageais quant à moi ce point de vue des occidentaux sur les orientaux qu'on dit capables de rester des heures sans rien faire. Cependant ma femme qui n'était plus alors en état de faire quoi que ce soit profitait de cette présence passive mieux que de mon agitation stérile qui lui était préjudiciable. Cela me renvoyait alors à quand faisant office de nounou pour mon petit frère qui ne savait pas encore marcher je restais des heures sans rien faire d'autre que de le regarder dans son parc d'enfant. Les parents étaient de sortie. Beaucoup de parents en effet proposent et partagent avec leurs enfants de nombreuses activités mais ce qu'ils ne savent pas faire non plus c'est de la présence passive. La présence passive qui éviterait beaucoup d'accidents. Mais il n'y a pas que cela. Qui sait si ce n'est pas de la présence passive dont se nourrit plus l'affect de l'autre: "il est là pour moi". Oui, non pas pour ce que je fais ou pour ce qu'il fait avec moi, "il est là pour moi". Etre là pour l'autre, sans plus, voilà ce qui nous manquerait et qui lui manquerait. Oui, qui sait si la plupart du temps une simple présence passive ne le démontrerait pas davantage que tout ce que l'on pourrait dire ou faire pour lui. Seulement voilà: ça nous ne savons pas faire: l'homme ne sait pas rester sans rien faire dit Pascal, et certainement encore moins l'homme d'aujourd'hui que l'homme du temps de Pascal qui l'aurait déjà prédit comme un des maux de notre société.
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