Il y en a plein la télé qui nous en met plein la vue de ceux qui courent après les médailles qui est courir pour la société. Croiraient ils encore qu'ils courent pour eux et c'est qu'ils sont tombés dans le panneau qui est le panneau de la société et leur dit où il faut arriver, comme quand on est sur la route et qu'on regarde les panneaux et pas le paysage. On va trop vite aussi. Ils vont trop vite aussi. Pour apprécier le paysage disait Jalabert ce commentateur du Tour de France et ancien coureur cycliste, et parce que le Tour de France montre la France aux téléspectateurs, il ne faut pas être cycliste, il ne faut pas avoir la tête dans le guidon et courir après les médailles. Mais ils sont la vitrine de la société. Mais ils font le spectacle. Et c'est eux qu'on regarde. On en a rien a foutre non plus du paysage. Avec eux on veut les médailles. La boucle est bouclée. On est la société. On est la France. Mais on ne voit pas la France. On n'a rien vu. On n'a vu que des sportifs courir après des médailles. Et on dit la France. La France médaillée. Comment ne pas l'aimer? Je suis sorti marcher sur les bords de Marne. Il y en avait qui couraient. Ils ne couraient pas après les médailles. Ils couraient pour eux. Certes, ils ne faisaient pas le spectacle. Personne ne les regardaient courir comme à la télé. Des promeneurs regardaient le paysage des bords de Marne. Il y avait cependant un bien jeune et bien gaillard qui faisait au pas de course des allées venues incessantes. Je me rappelais à son âge et qu'il ne fallait pas être trop dur pour ceux qui couraient après les médailles, car il n'y avait pas de doute il devait être des leurs. Il voudrait qu'un jour on le regarde et pour cela il le savait sans le savoir qu'il lui faudrait décrocher une médaille. C'est du toc mieux aurait valu qu'il regarde le paysage. Mais qui me l'aurait dit à son âge? Qui me l'aurait dit à son âge je ne l'aurais pas écouté. Combien y en avaient -ils maintenant qui couraient pour eux? Il y avait aussi des vieux qui couraient sur les bords de Marne et je disais oui eux. Mais je me trompais encore. C'est qu'à la place de tous ces vieux que j'avais vu marcher quand j'étais jeune j'en voyais courir. Une mode le jogging. Une idée en vogue le sport santé. C'est qu'ils ne cessaient pas pour autant de faire ce qui leur était commandé par la société. Partout je voyais la société aux commandes. Et quand je repris les commandes de ma télé c'était aussi aux commandes de la société que je m'en remettais. Pas moyen d'y échapper. Elle me tenait comme elle tenait tout le monde. Les chevaux sauvages ont beau ruer dans les brancards elle finit toujours par les dompter. En me promenant sur les bords de Marne et selon mes habitudes, car le paysage où je jetais bien de temps en temps un regard finissait toujours par me lasser, je tenais un livre entre mes mains, en l'occurrence c'était l'Insurgé de Jules Vallès qui me faisait revivre (on aurait aussi dit du direct mais c'était du différé vu l'époque où je vivais) une insurrection qui n'avait pas durée: celle de la Commune. Il faut sentir le carcan de la société pour aimer le voir sauter. Et sans doute jamais il ne s'était fait sentir autant tandis qu'on aurait aujourd'hui tendance à l'aimer. Elle aurait, la société, depuis su se faire aimer. Ce soft power dont on parle tant, car les Jeux Olympiques ne sont pas une opération de force mais une opération de charme et j'avoue moi-même y succomber. Il faut dire qu'on met le paquet. On nous montre de jolies femmes en maillot de bain jouant au volley sur la plage. C'est récent comme discipline sportive et personne n'irait s'en plaindre. C'est qu'on est tous devenus voyeurs, enfin téléspectateurs, et que les Jeux Olympiques sont de plus en plus fait pour plaire à l'œil du voyeur, pardon, du téléspectateur, mais qu'ont-ils besoin les cameramen de nous montrer non pas le plastron, non prises par devant, et c'est qu'elles manquent outrageusement de poitrine, mais prises par derrière, le joli cul (toujours en maillot de bain mais c'est qu'il fait chaud) aussi de nos coureuses ou marcheuses à la beauté olympienne, il faut bien asseoir le regard quelque part, or c'est leurs derrières sans doute la meilleure part, la plus charnue, et l'homme, c'est bien connu, aime la chair où qu'elle se trouve. La société sait enfin qu'il faut donner à César ce qui est à César et c'est le pouvoir, et à l'homme ce qui est à l'homme, et c'est son maigre bout de gras. Courez les gars! Courez après les médailles! Je vous dirais bien que c'est du toc mais je vous le dirais pour rien parce que j'y ai cru avant vous et vous y croirez après moi.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire