J'étais dans la nature et la voyant je voyais bien que je n'y étais pas. On parle des rapports de l'homme et de la nature mais il n'y a aucun rapport entre l'homme et la nature. Il ne se passe absolument rien entre eux. Absolument rien de ce qui se passe entre les hommes. La nature n'attendait de moi aucune reconnaissance. Elle s'en foutait bien de ma reconnaissance. Je ne me voyais pas lui dire, parce que je voyais l'eau du torrent, comme on le dirait à un serveur qui vous rapporterait un verre d'eau, merci nature pour épancher ma soif, parce que la nature, n'en déplaise aux écologistes, n'avait jamais apporté ni la boisson ni la nourriture de l'homme sur un plateau. Pas plus que je me serais attendu, parce qu'elle se montrait un peu bruyante, à ce qu'elle fasse pour moi silence un instant. Non plus qu'il me viendrait à l'idée de l'accuser de vouloir ma mort, ce serait ridicule, parce qu'une avalanche de pierres ou de neige me serait tombée brutalement dessus. Pour autant je ne peux pas parler d'indifférence de la nature car c'est encore un sentiment qui lui est étranger. Je ne veux rien lui prêter d'humain. Je ne veux pas faire dans l'anthropomorphisme. Ce que je peux apprendre d'elle c'est justement ce qu'elle a de pas humain: elle ne recherche pas la reconnaissance. Jamais, en ces temps écologistes, et malgré tous les efforts qu'on pourrait faire pour elle, on ne pourrait sous peine de friser le ridicule lui dire: " ingrate regarde tout ce que j'ai fait pour toi et tu me laisses mourir aussi bien que si je n'avais rien fait". C'est que si l'homme ne reconnait pas la nature aussi bien la nature ne reconnait pas l'homme. Encore une fois il n'y a pas de rapports entre l'homme et la nature, ni froids, ni distants, tout cela ne vaut qu'entre les hommes, on ne peut penser l'inverse sans donner dans l'anthropomorphisme. C'est déplacé de parler d'amour de la nature. Tout ce que je voyais c'est que la nature se passait de nous et que c'était même là où elle poussait le mieux, sans reconnaissance. C'est que si elle avait attendu la reconnaissance de l'homme elle aurait pu attendre longtemps et que c'était pour moi un bon exemple à suivre parce qu'il n'était pas humain, n'est pas humain celui qui n'attend aucune reconnaissance. Aussi, voyant la nature, je voyais bien que je n'y étais pas, on ne peut être à la fois dans la nature et dans la recherche d'une quelconque reconnaissance à laquelle il m'étonnerait que quelque homme échappe, tandis qu'ainsi il échappe à la nature qui elle échappe à la reconnaissance, ni ne reconnait l'homme ni ne veut être reconnue par lui.
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