Y en a qui pensent que c'est difficile d'écrire. Non, ce qui est difficile c'est vivre, c'est pourquoi y en a qui écrivent. Pareil pour ceux qui lisent. Ils lisent parce que ce qui est difficile c'est pas lire, c'est vivre. Mais pourquoi ils écrivent pas alors? Parce qu'on leur a dit que c'est difficile d'écrire. Mais ce qui est difficile c'est vivre. Et ils ont peur d'écrire comme on a peur de vivre. Ils ont peur d'écrire comme on a peur de vivre. C'est toujours la même peur qui revient. Sauf qu'elle prend des formes différentes. Mais la peur de vivre est la plus grande de toutes les peurs. Mais la peur de vivre est la plus forte de toutes les peurs. C'est ce qu'on évite le plus, vivre. Et on l'évite quand on écrit comme on l'évite quand on lit. Y a plusieurs raisons à ça. La vie on voudrait la comprendre parce qu'on la comprend pas. La vie on voudrait la saisir parce qu'on la saisit pas. Ceux qui écrivent c'est parce qu'ils cherchent à la comprendre, c'est parce qu'ils cherchent à la saisir. Ceux qui lisent c'est parce qu'ils pensent qu'on la comprit pour eux, qu'on la saisit pour eux, la vie, et qu'ils vont pouvoir à leur tour la comprendre, à leur tour la saisir la vie. Quand au fond, et ils le savent tous, la vie elle leur échappe à tous, et ça si y a que moi qui vous le dit c'est pas pour autant que c'est pas vrai. Y a des vérités comme ça qu'on a du mal à se dire comme à dire aux autres, c'est que ce qui est difficile c'est vivre. Y en a même qui panique et le propre de celui qui panique c'est de partir dans tous les sens, pas en marchant mais en courant, et on pourrait alors croire qu'il sait où il va puisqu'il y va en courant, mais c'est qu'il fuit la vie. Et y en a pas un de ceux qui courent dans tous les sens qui la fuit pas la vie. S'il essaie de se ressaisir vous allez le voir il va se mettre à écrire où à lire pour comprendre, pour saisir la vie. Il voudrait la comprendre, la saisir, avant de la vivre. Mais ça c'est pas possible non plus parce que la vie elle est incompréhensible, parce que la vie elle est insaisissable. C'est pourquoi y en a qui disent qui faut se jeter dans la vie, mais c'est comme se jeter dans le vide et pas avec un élastique, comme dans le saut à l'élastique, qui est ce qu'on fait quand on se jette dans un livre à lire ou qu'on se met à écrire, parce qu'on en revient, on s'est fait peur, mais la peur d'écrire c'est rien à côté de la peur de vivre, on risque pas d'en mourir, la peur de vivre c'est ce qui ya de plus grand, de plus fort. Va falloir que j'y retourne à la vie, se dit sans se le dire celui qui s'était mis à lire ou à écrire, parce qu'il sait au fond que c'est pas ce qu'il y a de plus dur que de lire ou d'écrire, qu'y se sentirait même bien quand il lit ou quand il écrit, mais il va falloir qu'il y retourne quand même à la vie parce que c'est de là qu'il vient et pas d'un livre. Un livre quoiqu'on en dise ça a jamais donné la vie et c'est beaucoup dire qu'y en a qui leur donne vie aux livres, pas plus ceux qui les lisent que ceux qui les écrivent ils leur donnent vie aux livres parce que les livres si y s'avaient leurs propres vies y aurait personne pour les comprendre, personne pour s'en saisir, comme y a personne pour comprendre les autres, comme y a personne pour les saisir aux autres, et qu'on aurait peur d'eux, les livres, comme on a peur des autres, comme on a peur de vivre; quand c'est plutôt quand on a peur des autres, quand on a peur de vivre, qu'on se met à les lire les livres et pourquoi pas aussi à les écrire, parce que la peur d'écrire c'est rien à côté de la peur des autres, parce que c'est rien à côté de la peur de vivre.
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