Y en a sûrement qui penseront que ça n'a rien à voir et sans doute qu'ils auront raison de penser comme ils pensent mais ça m'amuse à moi de penser autrement, de penser que si les femmes font l'amour avec les hommes c'est parce qu'elles peuvent pas se battre avec eux et que c'est pour ça: que dès qu'elles pensent pouvoir se battre qu'elles préfèrent se battre que de leur faire l'amour aux hommes. Entre s'ébattre et se battre y a une grande différence qu'on me dira mais elle s'entend pas cette différence que je dirais et elle tend aussi de plus en plus à s'estomper, à pas se voir, si l'on en croit l'opinion générale qui dit que notre sexualité deviendrait de plus en plus violente, et cela qui sait si en rapport inverse à ce qu'on se bat, qui sait si ceux qui se battent beaucoup s'ébattent pas moins violemment que nous. Dans les deux cas y a quelque chose qu'on fait passer avec plus ou moins de violence, quelque chose qui pourrait bien être cette violence même, quelque chose qui a besoin de passer sous une forme ou une autre: l'amour serait sa forme acceptable, acceptable parce qu'accepté, parce que dès que c'est plus accepté c'est plus acceptable c'est du viol. On sépare trop le bien du mal mais qui ne connait pas ces paroles de la chanson de Boris Vian: "Fais moi mal Johnny, Johnny, Johnny". Maintenant il est plus intéressant de dire pour les hommes ce que je dis pour les femmes qui est que si les hommes pouvaient penser qu'ils peuvent pas se battre, à défaut de se battre ils se feraient l'amour, que s'ils se font pas l'amour les hommes c'est qu'ils pensent que cette chose qu'on fait passer, qu'on a besoin de faire passer, cette chose qui pourrait bien être la violence même et qui a besoin de passer sous une forme ou sous une autre, n'aurait entre les hommes pas d'autre forme recevable que la violence telle qu'on l'entend dans son sens restrictif: c'est-à-dire la violence qui exclus l'amour, or c'est pas plus évident, que l'amour exclus la violence, que la violence exclus l'amour. Y s'auraient raison alors "les pédés" qui disent qu'on est tous pédés seulement qu'on se refuse de le reconnaître, puis y aurait des écoles (comme des cures de désintoxe) où on apprendrait à s'aimer entre hommes plutôt qu'à se taper dessus qui est tout ce qu'on a appris jusque-là. Mais y a qu'à voir aussi comment les boxeurs s'embrassent après s'être taper dessus pendant douze rounds et c'est pas de la comédie, c'est même moins contraint, plus naturel, que les coups qu'ils se sont mis pendant douze rounds, pour comprendre que c'est pas sûr non plus qu'ils s'aimeraient s'ils s'étaient pas taper dessus au préalable, comme si les coups c'étaient les préliminaires à l'embrassade finale: "Fais moi mal Johnny, Johnny, Johnny". Y a aussi ce dicton: "Qui aime bien châtie bien". Encore une fois, sans aller plus loin dans sa signification, ce rapport entre ce que d'habitude on sépare: l'amour c'est bien, la violence c'est mal, et que dans ce dicton on retrouve ensemble, et je ne dis pas qui s'entend bien ensemble. D'ailleurs qui dit que pour s'aimer faut bien s'entendre et si oui de quel amour on parle? Sans doute d'un amour sans violence. Mais si ce quelque chose qu'on fait passer, qui a besoin de passer, qu'on peut appeler amour, qu'on peut appeler violence, enfin qui a besoin de passer sous une forme ou sous une autre, acceptable ou pas, recevable ou pas, nous fait vibrer, on est bien en droit alors nom de dieu de s'interroger sur ce qui nous fait vibrer, et sur ce sans quoi on ne vibrerait pas. Ce que je veux dire c'est pas que la violence soit souhaitée et souhaitable mais que cette dichotomie: d'un côté l'amour, de l'autre la violence, empêche vraiment de connaître notre véritable nature: celle de l'être aimant, car nous sommes des êtres d'amour, et fait que ce quelque chose qui doit passer entre nous ne passe pas comme il devrait. Et on aura alors bien compris que cette chose qui passe pas c'est la relation humaine.
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