Il s'étonnait toujours d'être là où il était comme s'il put être n'importe où ailleurs, qu'il n'avait pas plus de raison d'être là qu'ailleurs ou de motivation, ce mot même lui semblait presque étranger: il faisait les choses simplement parce qu'il lui était impossible de rester à ne rien faire et se voulait une passion parce qu'il lui semblait que la vie sans passion ne méritait pas d'être vécue, mais il avait aussi assez vécu pour savoir que les passions n'étaient que passagères et pour autant interchangeables. Il avait aimé beaucoup de choses et la chose qu'il aimait là n'était ni pire ni meilleure que toutes ces choses qu'il avait aimées et, comme elles, lui permettait simplement de ne pas trop s'ennuyer dans la vie. Il devait en être autrement de ce jeune homme, dix sept ans qu'il lui avait dit avoir, et qui avait poussé sa passion des échecs jusqu'à deux mille deux cents élo, quand le sien d'élo dépassait à peine les dix huit cents, c'était pas mal que dix huit cents que lui avait dit le jeune homme, et c'était sans doute au vu de son âge qu'il lui avait dit cela. Faut dire qu'il redoutait tandis qu'il lui parlait qu'au bout d'un moment il dit quelque chose qui pu décourager le jeune homme, promis aussi à de hautes études, de poursuivre la conversation qu'ils avaient entamer parce qu'il y avait un peu de ce temps dont on ne sait jamais trop quoi bien faire et qu'on appelle d'attente, qu'il faut meubler, parce que c'était un temps où justement l'on n'aurait rien d'autre à faire que d'attendre, et c'était avant que ne commence le tournoi d'échecs qui se déroulerait dans cette salle tout près qu'ils avaient eu pourtant du mal à trouver, lui et le jeune homme, parce que mal indiquée ou pas indiquée du tout, et s'il n'y avait eu cet autre homme que lui connaissait quoique pas de nom mais seulement pour l'avoir déjà vu (il n'oubliait jamais les gens qu'il avait vus), et qui se dirigeait alors aussi vers les lieux du tournoi, ils n'y seraient pas arrivés de sitôt, et cela avait dû faire bonne impression sur le jeune deux mille deux cents élo promis à de grandes études qui lui disait qu'il lui faudrait choisir, et pourquoi pas une année sabbatique qu'il prendrait, et cette année sabbatique serait en fait une année d'échecs avant l'entrée en classe préparatoire aux grandes écoles, parce qu'il voulait tout bien faire qu'il disait, et que cela n'était pas possible en même temps de tout bien faire. Et puis ce qui devait arrivé arriva fatalement c'est qu'il dût s'absenter, un ami lui avait demander de pointer pour lui et il devait se rendre à la salle de jeu puis reviendrait mais entre-temps lui demanda de garder ses affaires. Qu'avait -il dit ou fait qui puisse l'autoriser à lui demander de garder ses affaires, comme s'il se fut agit d'une personne inférieure qui n'eut mieux à faire que de veiller aux biens des autres, mais cela voulait aussi dire qu'il reviendrait encore pour lui parler. Il aurait pu aussi bien partir avec ses affaires sans rien dire. Enfin, quand même. Il ne payait pas de mine ce jeune. Il l'avait vu là assis sur un rocher dans ce petit espace vert planté d'arbres sales qu'il aurait dit parce qu'ils n'étaient pas encore tout à fait sortis de la saison hivernale près de la grande salle de jeu d'où personne n'oserait plus trop s'éloigner. Il y mangeait son sandwich. Quand il l'avait vu ou plutôt revu il lui avait dit que si jeune il savait déjà trouver les bons coins, mais c'était un peu étonné qu'il se fut comme lui écarté des autres et des échiquiers auxquels ils étaient tous appelés à se rendre dans la demi heure qui suivrait. Ces cheveux étaient mi long et d'un brun sombre qui contrastait avec un visage aux contours pas encore bien dessinés et d'un blanc pâle, des yeux marrons ou peut-être noirs sans éclat particulier, mais déjà une voix au ton posée et régulière sans accrocs et sans accent. C'était un joueur d'échecs. Depuis quand les joueurs d'échecs s'intéressaient ils aux joueurs d'échecs, à la personne il voulait dire, à la personne en dehors des échecs. Il avait connu ça dans toutes les disciplines ou l'intérêt s'arrêtait à la discipline, ou la valeur de la personne en dehors de la discipline intéressait peu, ou en fait la personne n'avait pas de valeur propre mais tirait sa valeur de la discipline. Ce jeune homme l'avait-il jaugé comme on jauge un adversaire? En fait ils ne s'étaient pas trop regardés et mangeaient chacun de leur côté leur sandwich à la hâte et une boisson qu'ils avaient achetés à la buvette, et essayaient encore de ne pas parler la bouche pleine. L'un jouait à l'open A et l'autre à l'open C qui était l'open des plus de cinquante ans. A l'open A il y avait possibilité de faire une norme de Grand Maître, pas à l'open C, ça faisait entre eux toute la différence. Le jeune homme récupéra son sac et lui dit un petit au revoir timide parce que lui avait pris son portable et appeler un ami, un ami qui ne lui demanderait pas de pointer pour lui, et encore moins de garder son sac. Mais il ne pouvait s'empêcher de penser qu'il était bien ce jeune et de lui souhaiter un bon tournoi, un tournoi à la hauteur de ses espérances, bien qu'il sût que ça ne marchait pas comme ça dans la vie et il n'en connaissait pas d'autre que la sienne de vie.
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