vendredi 7 juillet 2023

Les enfants de l' Occident


Voyez vous un être qui se porte bien dans un monde qui se porte mal ou voyez vous un être qui se porte mal dans un monde qui se porte bien. A chaque être qui devant lui prenait la parole il voyait un être qui se porte bien dans un monde qui se porte mal. Mais voyait il ce monde et dans ce monde cet être qu'il voyait un être qui se porte mal dans un monde qui se porte bien. Il y avait dans ce monde pléthore de biens autant matériels qu'intellectuels, et dont jouissaient tous les êtres quoique à des degrés différents, mais tandis que les premiers biens concouraient à leur bien être matériel les seconds biens semblaient concourir à leur mal être spirituel, comme si tout ce qui participait de l'activité de l'esprit ne faisait que l'épuiser par ce trop d'excitations qu'elle lui procurait et plus précisément tendait à l'énerver. C'était donc une bande d'énervés qui se disputaient sans arrêt comme des enfants gâtés qui n'en auraient jamais assez ou voudraient ce que l'autre a, en eussent ils déjà beaucoup eux-mêmes, car ils ne se comparaient jamais à celui qui en avait le moins mais toujours à celui qui en avait le plus. Ce qu'il voyait donc lui c'était un être déprimé, prit de convulsions quasi épileptiques, se tordant de douleurs plus ou moins imaginaires, alors qu'il reposerait (plus qu'il ne travaillerait) dans un lieu sécurisé et où tout était fait pour qu'il ne manqua jamais de rien. Ce contraste entre le lieu et les personnes qui l'occupaient, car si l'on faisait l'état des lieux et l'état des personnes on ne pourrait qu'être choqué par ce contraste risible ou consternant, était ce qui l'affligeait plus que le monde et les personnes elles-mêmes, comme qu'il n'y ait pas d'entente entre eux. 

Un ami était venu le voir qui s'était mis à parler fort, et comme il lui avait demandé de baisser d'un ton cet ami avait répondu qu'il préférait alors ne plus parler. Est-ce ainsi que les hommes se parlent quand ils se parlent et sinon ne se parlent pas? Veulent ils parler et ne pas entendre parler? Est-ce bien le monde qui est décevant et non pas l'être que ce monde décevrait? A t-on vu animal lâché dans la nature qui s'en plaigne quand l'homme lâché dans le monde des hommes qui est la civilisation de l'homme ne cesse de gémir comme s'il l'eut faite à son encontre, pour son plus grand malheur, et surtout comme si elle ne fut pas à son image qu'il voulut s'en dédire, en rejeter sans cesse la faute à qui en possèderait la meilleure part. Il est vrai que les parts ne sont pas égales et ne le seront sans doute jamais, mais la plus petite part ne peut-elle encore être profitable à qui saurait en profiter, profitable même si elle n'est pas enviable; mais l'être ne se contenterait pas d'une part profitable: ce qu'il voudrait c'est une part enviable, une part qui fasse aux autres envie combien même il eut après à se défendre de l'envie des autres. Le monde occidental permet tout ça et c'est qu'il y en ait qui rage, et c'était cette bave de l'épileptique qui rage parce qu'il ne s'est pas vu offert dans ce monde non pas la part profitable mais la part enviable, qu'il voyait dégouliner sur son visage contrarié parce qu'il ne pouvait s'empêcher d'être ce qu'ils étaient tous: des enfants de l'Occident.

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