lundi 3 juillet 2023

La fête du club


"On n'appelle pas l'arbitre, d'ailleurs l'arbitre sera en train de jouer". Tout le monde connaissait les règles du jeu d'échecs aussi que les sanctions qui pouvaient être appliquées en cas de non respect de ses règles, mais pour cette journée exceptionnelle de fête de fin d'année du club son président en appelait — et comme l'enjeu n'était pas de gagner, bien qu'il y aurait des gagnants et des perdants, mais de jouer ensemble une dernière fois — à ne pas sanctionner les fautes. Cet appel à la tolérance fut entendu de tous. Personne ne demanda l'arbitre. Et l'absence de sanctions n'empêcha pas que l'on puisse jouer aux échecs. En réalité jamais autant que ce jour là on pu jouer aux échecs ou dit autrement jamais autant que ce jour-là les échecs furent un jeu. Il faudrait peut-être en venir aux raisons qui rendirent cela possible. La première serait la consigne du président: "On n'appelle pas l'arbitre, d'ailleurs l'arbitre sera en train de jouer". La seconde que les pratiquants auraient tellement intériorisés les règles du jeu d'échecs et ses sanctions qu'ils ne seraient plus la peine de les rappeler sans arrêt à l'ordre pour que le jeu puisse se dérouler dans de bonnes conditions. Le président n'avait pas annulé la condition préalable à l'exercice du jeu d'échecs qui est le respect de certaines règles qui lui sont propres, il avait seulement jugé qu'il n'était pas indispensable d'en sanctionner le manquement, mais cela reposait sur le fait qu'elles étaient déjà acquises et acceptées par tous. On ne pourrait imaginer que cela fut possible si tout le monde les ignorait et y contrevenait. Souvent l'on compare les échecs à la société et le jeu d'échecs est effectivement, et recouvra ce jour-là, son caractère de jeu de société. Aussi pour qu'on leva les sanctions dans la société il faudrait de même au préalable que tout le monde ait intériorisé les règles de la société. On peut faire à ce propos un correctif sur ce que l'on dit habituellement de la fête. On dit que la société aurait accordée des jours de fête comme des jours de relâche où à la différence des autres jours tout serait permis, ce qui permettrait de mieux supporter tous ces autres jours où tout serait interdit et sanctionné. De là que l'on voit la fête comme un jour de permissivité totale, absolue, c'est faire erreur. Oui, on oublie trop de dire que la fête n'est possible, que cette levée provisoire des sanctions, que cette tolérance d'un jour de fête n'est possible, que si les règles de la société sont connues et respectées de tous. Or comme cela n'est pas le cas les policiers ne sont pas ce jour-là à la fête, ils ne sont pas en train de jouer comme l'a été, et sans avoir a être dérangé, l'arbitre du club d'échecs de Saint-Maur en ce jour de fête du club.

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