A l'histoire de classes il préférait l'histoire de la classe où les bons élèves tremblaient à l'idée de la récrée. La société serait faite de ces bons élèves qui auraient pris leur revanche sur ceux qui leur disaient: "Attends à la récrée!". Non pas tant en devenant de méchants patrons, quoique cette éventualité ne puisse être écarté pour les moins intelligents d'entre eux, mais plutôt en maintenant cette distinction faisant que ceux qui se distinguaient dans le travail continuent à s'y distinguer comme à en recevoir les distinctions, mais faisant aussi que ceux qui se distinguaient à la récrée continuent à le faire et qu'à cette fin ils aient autant de loisirs (ou distractions) qu'ils le veulent. Aussi tandis que les premiers n'auraient que des loisirs sérieux, c'est-à-dire que quand bien même ils joueraient ils ne joueraient pas, les seconds quand bien même ils travailleraient ne seraient pas pris au sérieux, quand à leurs jeux se pourraient être toujours et autant qu'ils le voudraient de se taper sur la gueule ou de se courir après comme de sortir sa zigounette pour savoir qui a la plus grosse ou pisse le plus loin. Et qu'ils manifestent leur mécontentement comme ils ont toujours eu l'habitude de le faire, en braillant et en donnant des coups de poings et des coups de pieds, mais qu'ils ne s'attendent pas a être pris davantage au sérieux, on les laissera bien se défouler un petit peu, les manifestations c'est leur cour de récréation, en face on se sera simplement bottés, et casqués, autant dire mieux préparés à les recevoir, si nécessité oblige. Cependant la permanence des classes resterait inexpliquée à qui l'histoire de classes ne serait pas l'histoire de la classe, et c'est dans ce but: pour qu'on la comprenne plus facilement qu'il est fait ici l'histoire de la classe: les uns ne demandent-ils pas toujours qu'à travailler quand les seconds ne demandent toujours que la récrée? A chacun son milieu. Mais dans le milieu de l'un l'autre n'est pas à son aise. Comme l'un était bien en classe, tandis que l'autre était bien à la récrée; l'un est bien au travail, tandis que l'autre est bien en dehors du travail. Cela aussi resterait inchangé: qu'il y en a qui ne sauraient que travailler, tandis qu'il y en a qui ne sauraient que s'amuser, car c'est tout du moins ce qui se dit. D'ailleurs faut-il préciser que l'on ne fait rien pour que cela change. La société qui elle se dit la société du travail est aussi la société des premiers de classe. Ce qui doit les faire bien rire aux premiers de classe c'est d'entendre que c'est la classe laborieuse qui aurait revendiquée le temps libre et la société du loisir, c'est-à-dire la récrée. Aurait-elle cru ainsi contribuer à son bonheur? Certes, si son bonheur elle le trouve dans le loisir et le temps libre, c'est-à-dire encore à la récrée. Mais voulut-elle le trouver dans le travail qu'elle n'eut pu agir plus à l'encontre de son bonheur. Quand pour mettre fin à l'histoire de classe qui n'est que l'histoire de la classe il faudrait passer par une reconquête de territoires: que le travail ne soit plus chasse gardée des uns et la récrée territoire hostile aux autres; que les uns comme les autres se sentent bien dans l'un comme dans l'autre. Quand qui a la classe n'a pas la récrée et qui a la récrée n'a pas la classe. Que l'on pardonne ce vilain jeu de mots, mais comment ne pas penser que le mot classe vienne de la classe où certains qui ne l'auraient pas oublié se sont entendus dire: "Attends à la récrée!"
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