Le grand mépris est celui de la raison. Il n’est pas de savoir contre qui en particulier il s’exerce le grand mépris, mais bien de savoir qu’il s’exerce contre le sentiment. De sorte que dans une société qui serait la société du grand mépris, où l’on ne ferait appel qu’à la raison, le sentiment n’aurait pas le droit de citer. Aussi lors d’une émission de France Culture sur les réfugiés, on a principalement parlé des questions de droit d’une extrême complexité égale à celle de la société. Un peu de philosophie avec Kant, n’y a-t-il pas meilleur représentant de la raison ; pas de pitié, pas de compassion à trouver là, seulement de la raison raisonnable, c’est-à-dire que l’on peut entendre, ou déraisonnable, c’est-à-dire que l’on ne peut entendre, aussi il fallut excuser Kant, le dédouaner de ne pas avoir parlé d’un droit de séjour mais seulement d’un droit de visite en considération du fait colonial, les européens auraient profité de l’hospitalité des chinois pour s’installer définitivement en Chine. Comment ne pas citer aussi à Hannah Arendt qui a écrit Les origines du totalitarisme. Brûlante Hannah Arendt qui aurait été brûlé sur le bûcher au nom de la sainte inquisition de la raison, car que font les droits de l’homme pour qui est considéré comme un sans papier ou un sans droit parce qu’il n’est plus dans son Etat de droit mais dans un autre qui ne lui en reconnaîtrait aucun, est à peu près ce qu’aurait pensé Hannah Arendt.
Comme tout serait plus simple cependant si l’on abordait le sujet sur le plan des sentiments et non pas sur celui de la raison : pour vivre ensemble il faut s’aimer. Utopie ? Tout ne serait que rapports de force réglementés par le droit. Il faut en convenir. Et jusque dans le couple des rapports de dominant dominé ne sont pas exclus. Mais sans sentiment pas de couple qui vaille. S’il n’y a pas d’amour le mariage à l’église pas plus que le mariage à la mairie ne peut tenir, et ceci quel que soit les droits et obligations qui sont accordés à l’un ou l’autre des deux époux. Il faut aux hommes s’aimer. Ils n’ont pas d’autre choix que de s’aimer ou de s’entretuer. Et comme on l’a vu on a toujours trouvé de bonnes raisons à se faire la guerre quand en amour le cœur lui aurait des raisons que la raison ignore. Pourquoi au regard de cela continuerait donc tant à se fier à la raison pour régler nos problèmes entre hommes : c’est parce que l’on en fait des problèmes de société et que la société n’est régie que par la raison, et plus que par la raison par le droit. C’est du sujet son angle d’attaque qui est erroné : encore une fois il faut partir de l’homme et non pas de la société qui ne peut connaître de sentiment. Le grand mépris qui est celui de la raison est aussi celui d’une société raisonnable qui établit l’empire du droit et de la raison, de sorte que l’homme de cette société empreint de cet esprit en deviendrait méprisant envers qui n’en ferait pas partie : de tout temps le barbare a été l’étranger à la cité, à qui on ne reconnaissait ni droit ni raison.
Combien de ceux qui prennent part pour le migrant ne se retrouvent-ils pas dans l’illégalité et cela parce qu’ils ont laissé parler leur cœur, quand le cœur dans la société du grand mépris, qui est la société de la raison, n’a pas le droit à la parole, n’a pas le droit de citer. Et puis les sentiments ne sont pas fiables ni pérennes. En effet, ils sont à l’image de l’homme. Mais est-ce parce que l’amour est trompeur que l’on doit s’empêcher d’aimer ? Non. Et plutôt que se perdre dans le méandre des sentiments on préfère se perdre en disquisitions sur pourquoi il faut éviter l’emploi du mot migrant, et c’est parce qu’il donnerait lieu à un débat étymologique. Débat étymologique et débat philosophique sur France Culture, débats on ne peut plus savants et lavés de tous sentiments, épuration de la raison, société aseptisée par la raison. On est loin des hommes et de leurs passions, de comment vivent les hommes et de ce qui les fait vivre ensemble ou pas. C’est un grand mépris que celui qu’affiche la raison discourant sur eux, on ne trouve son pareil qu’en l’enfant que l’on voudrait traiter en adulte avant qu’il n’ait l’âge de raison. C’est qu’on voudrait tant que l’homme soit social qu’on le définit d’emblée comme un être social, ce qui ne veut dire rien de moins qu’il est un être de raison qui est tout ce qui mériterait notre considération, celle de la société du grand mépris qui ne s’adresserait qu’à lui l’être social et à personne d’autre, certainement pas à l’homme sujet aux sentiments si adverses à la raison, si aimables mais aussi si redoutables. C’est pourtant lui, l’homme, le vivant, de là que le grand mépris de la raison n’est autre que le grand mépris de la société pour l’homme.
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