il se mit à penser à ses amis comme à une expansion de lui-même, comme si tout être humain ne serait qu'une expansion de tout être humain, une part bien que séparée et par là même pas si séparée que cela, lui appartenant toujours, sinon lui-même y appartenant toujours. C'était l'été et deux de ses amis partiraient pour la Bretagne, tandis que deux autres pour l'Italie; et lui qui ne partirait pas se voyait en les uns et en les autres partir dans ces deux directions à la fois et vivre comment ils y vivraient. En réalité il ne fallait être rien de moins que Dieu pour cela et ce n'est pas comme l'on dit que Dieu vivrait en chacun de nous mais que nous vivrions tous en lui; et en quelque sorte il pouvait dire que ses amis vivaient tous en lui bien qu'ils fussent pour les uns en Bretagne et pour les autres en Italie et que ce n'étaient qu'autant qu'ils puissent vivre en lui et lui vivre en eux qu'il n'en serait pas séparé comme en réalité il en était, et par la distance et par la pensée, il n'était pas Dieu mais ne fallait il pas qu'il y en eut un de Dieu pour que l'amitié fut possible entre être humain, si c'est cela que de ne pas vivre seulement en soi-même ou par soi-même mais par les autres pour ce qu'ils auraient d'autre qu'eux mêmes ou pour ce que nous aurions d'autre que nous-même, car nous ne pourrions imaginer un être qui pu connaître l'autre s'il n'était aussi autre que lui-même. Insolite pensée qui le faisait penser à ses amis comme à lui-même, et où ils pouvaient être et vivre qui serait où lui-même pouvait être et vivre, et ce n'était pas les accompagner en pensée mais y être vraiment et y penser vraiment comme s'il fut autre, mais cet autre qu'il connaissait comme son ami c'est autant qu'il pouvait le connaître qu'il le pouvait. Et seulement il regrettait cette connaissance imparfaite de l'être par l'être car il ne pouvait y être et y vivre autant qu'eux, et repensait alors à ce Dieu pour qui elle serait totale et parfaite. L'altruisme ne pouvant exister que parce que de l'autre elle ne l'est pas totale et parfaite cette connaissance. Mais l'amitié déjà n'est plus de l'altruisme. L'autre n'est plus vraiment autre. Et il n'y a pas accaparement pour autant. On ne s'étonne pas assez de ce sentiment et que chez le plus égoïste des hommes on puisse encore trouver un ami, cette amitié qu'on lui porte comme cette amitié qu'il nous porte, ce fond commun à l'un et à l'autre et où chacun s'y investit plus ou moins, sans doute à la hauteur de ce qu'il porte de divin considérant comme on l'a considéré que Dieu serait en nous ou que nous serions en lui, aussi l'ami en part infime serait en nous ou nous en lui et ceci, répétons le sans accaparement possible, cela faisant parti de l'être et non pas de l'avoir qui est ce à quoi nous renvoie la société quand elle parle d'avoir des amis et en quoi l'on ne se trompe pas quand on dit qu'on a pas d'amis, car ils relèvent de l'être et non pas de l'avoir, et sont par conséquent une expansion de l'être et non pas de l'avoir.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire