L’absolu et le relatif, l’objectif et le subjectif, étaient loin d’être pour lui des notions vagues et abstraites, sinon précises et concrètes, car il partait de l’homme. Souvent il avait pu observer cet absolu qui était l’homme qui parlait, car l’on voyait bien qu’en parlant il partait d’un absolu qui était lui et qui ne pouvait être porteur que d’une vérité objective. S’il avait été seul au monde, l’homme qui s’adressait à un autre le faisait toujours d’un lui-même qui était seul au monde, cette vérité et cette objectivité n’aurait pas à être mise en doute. Ce qui rendait sa parole relative ce n’était pas lui mais celui qui la recevait comme ne venant pas de lui mais d’un autre, ce qui lui donnait alors un caractère non pas absolu mais relatif. La parole qui vient de nous est toujours pour nous absolue et objective, tandis que celle qui viendrait de quiconque d’autre que nous est toujours relative et subjective, c’est ainsi tout du moins que nous l’accueillons. Et si cette accueil fait par l’autre à notre parole nous étonne c’est bien que nous la pensions objective et absolue, tandis qu’elle se voit par l’autre taxée de relative et subjective. C’est cependant à cette illusion de l’absolu et de l’objectif que nous devons de donner tant de voix et de force à nos propos ; il suffit pour le constater et s’en étonner d’entendre des gens parler, de préférence des gens qui parlent à d’autres gens, dont nous ne formons pas parti, de sorte que leurs paroles aient moins de chances de nous impacter avec toute cette force faite d’absolu et d’objectivité et de cette vérité qu’elles croient détenir.
Non, ce n’est donc pas de nous même que nous apprenons le relatif et le subjectif, aussi que la relative autorité ou vérité de notre pensée, car c’est bien de cela qu’il s’agit, mais de l’autre que nous l’apprenons et par le relatif intérêt qu’il nous porte et n’a d’égal que la relative attention qu’il porte à ce qu’on lui dit. Et cela parce qu’il ne nous est pas donner de nous entendre parler comme l’on entend l’autre parler. De cette autorité que l’on donne volontiers à ses paroles certains, et ce sont gens de société, en seraient pourtant venus à en douter, et ne cherchant plus en eux l’autorité il la chercheront alors en tout ce en quoi leur société donne foi et autorité. Ils ne parleront plus jamais en leur nom propre mais, par exemple, au nom de la science ou de toute personne qui en son nom ou en celui de la société et investi par elle aurait autorité sur les autres, ils pourraient entre autres se référer aux actualités, mais plus jamais à eux-mêmes. Ils ne sont plus la référence de toutes choses, conscients comme ils le sont que toutes choses ne prend pas autorité en eux et par eux mais bien en dehors d’eux, ou que ce n’est pas eux mais la société qui donne le ton aux choses, c'est-à-dire leur ton d’absolu et d’objectivité, c'est-à-dire encore qui donne leur vérité aux choses. Qui ne verrait pas cependant ces gens de société comme des gens bien placés dans cette société et le petit peuple criant de vérités. A qui il n’est pas donné de juger il peut être donné de douter de la parole des uns, comme de la parole des autres ; voire de la sienne propre de parole, de ce caractère d’absolu, d’objectivité et de vérité qu’elle a en lui, sinon il ne pourrait pas la proférer, mais aussi de celle de la société.
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