Il avait trop ressenti ce vide intérieur pour se sentir appelé par lui, mais il pouvait comprendre que repousser par un vide plus grand qui serait celui de la société beaucoup de ses membres puissent penser qu’il exista en eux quelque chose de moins creux, voire même qui recela un trésor (trésor qui fut fait d’intériorité) ; ou, dit en d’autre mots, il pouvait comprendre que l’expérience extérieure ou sociale pouvait les décevoir comme elle l’avait déçue et qu’ils voulurent alors avoir ou faire une expérience intérieure. Aussi un jeune médecin de sa connaissance lui avait parlé à la fois d’un patient décevant comme de méditation. Il aurait dû lui dire que le mirage de l’en dedans ne l’attirait pas davantage que le mirage de l’en dehors, qu’il ne ressentait en l’un comme en l’autre que vacuité, qu’il en avait même fait l’expérience, et qu’il fuyait désormais autant l’un que l’autre. Mais il faut avoir été très seul pour le savoir, que tous vous aient rejeté, qu’il ne vous reste plus que vous-même, alors seulement vous touchez le fond. C’est une expérience douloureuse que l’expérience intérieure et sans consolation. Ce n’est pas non plus le plein que l’on touche et quand on dit faire le vide c’est de tout ce qui en vain nous remplirait et parce que cela procèderait justement de l’extérieur, du dehors, de la société, mais ce serait effectivement pour en nous atteignant atteindre le vide parce qu’il n’y a rien qui nous remplit qui ne soit la société, le fait de la société. C’est donc une amère constatation que l’on est amené à faire : qu’il n’y a rien en dehors de la société pour aussi décevante qu’elle puisse nous paraître. Il avait alors (car il parle là de son expérience personnelle) décidé d’éviter tout choc frontal avec la société et de biaiser. Ce qu’il appelait biaiser était de la connaître indirectement par tout ce qu’elle avait pu écrire sur elle qui était évidemment beaucoup plus plaisant que ce qu’elle était réellement, c’était comme de la regarder dans le miroir, dans son miroir, et les reflets ne sont pas si blessant aussi parce qu’ils ne sont pas si existant. Et le vide n’autorisant rien d’autre que le vide on pouvait toujours le nourrir de reflets quand tout corps plein s’y serait abîmé. C’est ainsi que sa vie intérieure pouvait être habitée d’étranges présences plus fantomatiques que réelles. Et chaque être qu’il connaissait dans le monde existant il le renvoyait à son monde intérieur pour le peupler. Voilà comment il avait toujours procédé et l’on ne pouvait appelé cela méditer si méditer était faire le vide, car c’était tout ce qu’il voulait éviter : il avait horreur du vide, mais sans doute aussi jamais quelqu’un ne se serait senti autant appelé, voire happé par le vide, que lui si sujet par ailleurs au vertige ; et il ne voyait que vertige dans ce que les fervents partisans de l’expérience intérieure appelleraient extase mystique, et s’ils en appelaient à Dieu c’était pour que Dieu les en préserve, mais il n’avait pas rencontré Dieu mais le vide ou plutôt il se disait encore que comme il appelait à des personnes du monde existant pour peupler son vide (intérieur) d’autres en appelaient à Dieu.
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