jeudi 10 novembre 2022

L'impuissant

 

S’il devait parler de son impuissance il en parlerait je crois de la plus belle manière qui soit et ce serait de dire que la vue du corps des femmes l’emplissait d’une telle émotion esthétique qu’il restait interdit à le contempler, n’osant jamais profaner ce qu’il oserait à peine effleurer, sans doute caresser, car la douceur de ces formes ne pouvaient appeler que la douceur de la caresse, et il ne sentait en lui la montée d’aucune supposée virilité sinon une poussée de tendresse qui ne demandait qu’à s’épancher. En vérité il n’aimait jamais autant ces corps de femmes que quand il se trouvait à distance suffisante pour pouvoir en apprécier l’ensemble de l’architecture comme s’il se fût agit d’une œuvre d’art que de s’en approcher trop ferait perdre la perspective qui la met en valeur. Cette œuvre d’art avait à ses yeux l’immense avantage d’être vivante et il succombait encore davantage à l’agrément que lui procurait le mouvement, et c’est en quoi il lui fallait encore lui laisser l’espace suffisant pour se mouvoir et que l’envie de le coller de plus près non seulement ne lui venait pas mais lui apparaissait comme un sacrilège. Souvent aussi il avait été surpris que les statues de nu féminin lui fassent un tel effet ou ne retiennent autant son attention qu’il en ait honte, et c’est qu’elles exprimaient le mouvement tout en étant immobiles, lui faisant ainsi mieux comprendre en quoi consiste toute la grâce féminine qui est même immobile de sentir le mouvement en elles, et l’homme qu’il était de se sentir si gauche à côté. Et puis cette pureté de la ligne, fut-elle courbe, car la pureté il la voyait s’inscrire dans le corps de la femme, s’y matérialiser, et c’est ce qui pouvait le plus le troubler, comme l’inhiber. La statue ne pouvait que représenter le corps de rêve qui est encore le corps rêvé, où l’imaginaire y avait sa part, où l’imaginaire y avait sa place, tandis qu’il la perdrait en se confrontant à ce corps et c’est en quoi il s’en sentait si empêché. Il connaissait cependant cette rage de l’impuissance quand par la femme il lui était demandé non pas de la violer à elle, de violer la femme en elle, mais de violer la femme en lui, et de ne pouvoir s’y résigner faisait qu’il ne savait se montrer homme.

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