Qu’est-ce qui se passe dans le monde qui se passe dans ma vie ? Absolument rien ! Et c’est pourquoi j’écoute d’une oreille de plus en plus distraite ce qui se passe dans le monde et, au lieu comme tout un chacun de m'en féliciter, m’inquiète du nombre croissant d’aliénés préoccupés des affaires de ce monde. Je dis aliénés parce que comment ne pas voir une aliénation dans cette préoccupation étrangère à notre vie mais qu’on fait nôtre au point de ne vivre que par elle, de ne pouvoir vivre sans savoir ce qui se passe dans le monde, comme si ce qui se passait dans le monde se passait dans notre vie. Qui penserait des semaines durant ne pas s’en tenir informé ? Eh bien, en en faisant régulièrement l’expérience et ce depuis plus de soixante années durant je tiens à dire que pour autant je ne suis jamais passé à côté de ma vie ni d’ailleurs de celle des autres desquels j’ai un souci qui pourrait en étonner plus d’un qui se faisant fort du sort du monde n’en n’a aucun de qui nécessiterait son attention tant il semble occupé par ce qu’on appelle les actualités qui lui diraient comment va le monde et l’alarmeraient tant à son sujet qu’il n’en n’aurait plus d’autre que lui. Cette aliénation ou forme de maladie mentale de plus en plus répandue de par le monde fait que la plupart d’entre nous parlent en connaisseurs de ce qu’ils ne connaissent pas ou autrement que par ce qu’ils en entendent dire, tandis que de leur vie dont ils seraient plus à même de parler comme de s’en former une idée plus précise et plus exacte ils ne s’arrêtent pas à y réfléchir un seul instant se contentant de la vivre comme s’ils y étaient attachés seulement par le corps et non par l’esprit, d’où l’on peut parler d’aliénation. Il pourrait pourtant se poser la question que je me pose : qu’est-ce qui se passe dans le monde qui se passe dans ma vie ? Et je prends les paris que pour l’immense majorité d’entre eux ils en arriveraient à la même conclusion que moi : absolument rien ! Mais sans doute cesseraient-ils alors de faire le jeu des grandes puissances qui mènent le monde à ce train infernal qu’il en faudrait beaucoup pour que je le prenne bien que les dites actualités nous y invitent régulièrement et que ne voulant le faire il me faudrait encore le taire pour ne pas passer pour irresponsable, égoïste ou tout simplement débile mentale parce que n’en saisissant pas les enjeux, me retournant alors le compliment que je leur fait: j’ai dit qu’ils étaient aliénés, ils diront que je suis fou, et c’est la majorité qui sur moi l’emporterait. Je peux douter de ma raison, ils ne douteront pas de leur folie car les fous ne savent pas qu’ils sont fous. Ils couchent avec (tout) le monde quand le monde et moi on a toujours fait chambre à part. Cette universelle coucherie leur rend sans doute le monde plus familier quand il m’apparaît si étranger à ce que je vis que je flaire le mensonge sous ce que l’on nomme la réalité, mais qui, selon eux, dirait mieux la réalité présente que les actualités ? Je ne serais donc pas présent au monde présent, or n’est-ce pas cela que l’on appelle vivre : être présent au monde présent ? L’on pourrait donc aller jusqu’à me reprocher de ne pas vivre parce que je n’aurais rien à raconter de ce qu’on raconte aux actualités faisant des affaires de ce monde les miennes. Voilà comment on vous enlève votre vie et vous en donne une autre que vous devez faire vôtre. Les actualités seraient donc une injonction quotidienne à vivre et à penser selon elles et pas autrement, et tiendraient votre vie à l’écart et vous comme coupable d’exister, car on n’existe jamais qu’en dehors du monde puisque, faut-il le répéter : qu’est-ce qui se passe dans le monde qui se passe dans ma vie ? Absolument rien !
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