dimanche 16 octobre 2022

Un pied de nez à la mort

 

Il y avait cette femme sous un abri bus et la pluie et je mets fin tout de suite à cette petite romance  qu’on a tous dans la tête en disant qu’elle n’était ni jeune ni belle et que s’il y avait bien quelque chose qu’elle aimait c’était la pluie. Elle était bretonne qu’elle me dit. Un moment elle ne parla plus. Un moment il n’y eut plus qu’elle et la pluie. Sans doute avait-elle rejoint cette région éloignée de l’enfance où le songe et la rêverie donnait sa coloration à la vie et se retrouvait-elle le visage collé contre la vitre à regarder la pluie tomber. Je connaissais ces états du corps et de l’esprit quand le petit asthmatique que j’étais posait un front brûlant et moite sur la vitre fraîche et humide et qu’il se sentait partir et puisait, comme on puise l’eau d’un puits sans fond, en l’infini un sentiment d’infini. Mais n’ayant ni l’un ni l’autre franchit les frontières de la vie ils se trouvaient être encore là et comme un peu à l’étroit, c’est pourquoi ces phénomènes naturelles comme la pluie et la maladie étaient pour eux les bienvenus, mais c’est l’inverse qu’il faudrait dire car ils se sentaient comme accueillis dans un monde plus vaste et plus généreux et de tous les possibles quand pratiquement tout leur avait été refusé dans l’autre. La souffrance ce n’était rien, ce n’était que le billet de passage dont il faudrait bien un jour s’acquitter. Oui l’on peut aimer tendrement la pluie et avoir envie de pluie comme on a envie d’eau quand on a la fièvre. Ne pas connaître la crainte de la température mais cet état second qui étant délire nous éloigne de la raison, espèce de maton qui garde la prison et fermé notre horizon. N’avoir jamais pensé qu’en ses étroites limites qui sont aussi celles de la société, son régime de vie comme son régime de pensée, est avoir bien tristement pensé. Qui dirait que la pluie fertilise la pensée. La pluie tout comme la maladie. Bonté divine plus que joie de vivre. Oui, c’est la joie de vivre qui est bien naïve. On peut aussi bannir toute croyance. Il suffit pour connaître la bonté divine de vivre ces états du corps et de l’esprit, d’au lieu de craintivement les rejeter les accueillir à bras le corps : you’re welcome, comme disent les englishs, et faire un pied de nez à la mort.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire