Sachez et j’en réponds, même si ce n’est que par un grognement pas loin de rappeler celui que mon chien proférait quand avant d’aller me coucher je prenais la peine de le gratter un peu et légèrement derrière l’oreille, que le plus rustre des hommes sera sensible à votre délicatesse ; et ne croyez surtout pas, en reprenant cette expression aussi populaire que grossière, que c’est comme donner de la pâtée à des cochons, car c’est la pâtée qui fait les cochons et non les cochons qui font la pâtée, quand votre attention plus raffinée lui fait espérer une condition meilleure et y tendre de tout son être. Le croyez-vous encore mais il est, cet être rustre, capable de distinguer entre la cajolerie intéressée de la courtisane qui tôt ou tard ne pourra que révéler la brutalité de son intention par sa manifestation qui ne sera jamais que grossière de la vôtre si humaine parce qu’honnête et désintéressée, et c’est pourquoi je l’appelle délicate. C’est qu’elle prend en considération tout l’être humain qui est un être délicat, bien que le traitement qu’on lui réserve manque souvent de l’être, prétextant et se justifiant par le fait qu’il ne le serait pas, mais qu’a t-on fait de lui ? Et sans doute est-ce ce que vous vous dites quand pour toute réponse vous n’avez que ce grognement que vous ne savez si de satisfaction ou de réprobation. Ne vous découragez pas cependant et je le dis bien que je ne pense pas que vous puissiez agir autrement que délicatement, car il ne s’agit pas là d’un produit sophistiqué qui serait de la société et pas de vous qui êtes cet être délicat et ne peut être autrement. J’ai entendu ainsi parler de la société française qui avait du goût et des manières, autant dire de l’excellence en tout, mais l’on rapporte trop facilement cela à un siècle qui était celui des courtisanes et où l’on faisait salon. Grâce à vous maintenant je sais que la condition ne fait pas le larron et que dans les lieux les plus humbles comme les plus inattendus et de la part de personnes du sexe féminin qui n’ont pas les atours ni l’attrait des galantes il peut émaner une délicatesse infinie mais sans fioritures et qui par cela même passe trop souvent inaperçue, car on ne l’attendait pas là quand elle ne se trouve nulle part ailleurs.
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