mardi 18 octobre 2022

On est dans le coup

 

De nouveau beaucoup de monde était né à ces échelons de la société où l’on ne peut espérer que faire la révolution ou que faire beaucoup d’argent. Les conditions de la guerre fratricide avaient été renouvelées. A la place de l’histoire voilà lui tout ce qu’il voyait : l’éternelle répétition des mêmes bêtises, car ceux qui vivaient n’avaient pas encore vécu et pour ceux qui avaient vécu ils étaient trop tard pour bien faire. On dit qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire mais lui savait que pour lui il était trop tard pour bien faire et que pour ceux qui venaient après lui il serait aussi un jour trop tard pour bien faire. Car une chose est sûre c’est que tous ferait mal et le mal, bien qu’il y en aurait toujours parmi eux qui ne le reconnaîtrait jamais, comme on ne reconnaît pas ses erreurs qui sont toujours des erreurs du passé : comment verrait-on celles du présent ? Il faut d’abord leur laisser le temps d’exister. Et puis à quoi bon ? Puisqu’il n’est pas donné à l’humanité le temps de revenir dessus avec cette marche forcée en avant que certains appellent l’histoire et d’autres le progrès. Tout ça le faisait bien rigoler à lui. Cette intention toujours de remplacer la réalité par la fiction. Parce que la réalité nous échappe ? Non ! Parce que nous nous ne pouvons pas échapper à la réalité sinon par la fiction. Elle est collée à nous ou nous sommes collés à elle comme la mouche sur la vitre et comme elle nous revenons nous y cogner, nous ne pouvons l’éviter, nous ne pouvons l’éviter sinon par la fiction qui fait de cette vitre un miroir où nous pouvons nous voir sans nous blesser, nous tuer sans nous tuer, mais aussi nous aimer sans nous aimer. Mais lui il connaissait des types en chair et en os, des nouveaux nés dans ce monde et qui étaient bien partis pour en découdre et avec des idées bien arrêtées comme on peut en avoir quand on a pas encore beaucoup vécu ; chacun dans son camp retranché, chacun dans son camp retranché bien retranché. Et le monde aussi était neuf. Le monde était neuf parce que par eux les nouveaux nés dans ce monde il s’était renouvelé. Et c’est pourquoi aussi le monde n’est jamais sage. Qu’est-ce que c’est que cette histoire du vieux continent si le vieux continent se sent toujours aussi frai et gaillard, aussi nouveau que le nouveau continent, pour se jeter dans la guerre. Sa voix réactualisée, a fait son plein de testostérone, bientôt ensanglantée par une fraîche hémoglobine. Il y en a qui ont envie d’en découdre comme au bon vieux temps disent les vieux cons. C’est bien que ça se répète tout le monde a comme ça l’air d’être encore dans le coup.

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