Il y aura bientôt si peu de voix singulières qui s’élèveront à travers la clameur générale qu’on n’aura plus à les faire taire (si la dite clameur ne suffit pas déjà à les étouffer). Difficile en effet d’entendre un son discordant quand on en entend mille et cent, si nombreux et si impuissants, qu’on n’accorde à aucun ce que tous accordent à un fût-il médiatisé, c’est-à-dire divinisé. Quelle est sa légitimité ? Ce serait s’interroger sur la légitimité d’une divinité. Qui fait les divinités ? Qui donne au peuple qui adorer ? Si un peuple a les divinités qu’il mérite il n’est pas certain que les nôtres de divinités soient les meilleures que les hommes aient jamais eues, et encore moins qu’elles soient à même de nous élever, non seulement en tant que civilisation ou que société, mais en tant qu’être humain ; et autant qu’ont su le faire les divinités grecques pour les grecs, et les romaines pour les romains, qu’aujourd’hui encore on n’ait pas à rougir d’elles mais en réclame l’héritage. Quand les nôtres de divinités nous entraîneraient plutôt dans la fange qui ne semble pas leur répugner et où elles aimeraient tous nous voir rouler, car toujours les divinités ont craint de l’homme la rivalité, car toujours il y a eu des hommes pour rivaliser avec elles, et on sait ce que cela leur en a coûter, mais au bout du compte les hommes finissent toujours par les déboulonner les divinités, et comme de vulgaires statues qui n’ont plus d’effet sur eux.
Nietzsche dans le Gai Savoir s’exclamait : Dieu est mort ! Mais il ne disait pas ce que l’on a mis à la place, car la place ne resta pas longtemps vacante. Ernesto Sabato dans son essai : La resistencia, ne se gêne pas lui pour le dire et je devrais résumer plus que traduire : « Qué ha puesto el hombre en lugar de Dios ? No se ha liberado de cultos y altares. El altar permanece, pero ya no es el lugar del sacrificio y la abnegacion, sino del bienestar, del culto a si mismo, de la reverencia a los grandes dioses de la pantalla. » par : il y a toujours un culte et un autel pour la divinité mais qui n’est plus le lieu du sacrifice et de l’abnégation sinon du bien-être, de l’individualisme exacerbé comme de la révérence aux dieux de l’écran. Raison de plus pour faire appel aux hommes de bonne volonté. Raison de plus pour les déboulonner. N’est-ce pas là un vrai travail de Titans ?
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire