dimanche 30 octobre 2022

Humanité ou animalité (10)

 

On aurait pu espérer, et c’est en quoi ce siècle nous fait déchanter, qu’une fois satisfait ses besoins primaires l’humanité sortirait de l’animalité, alors que l’on peut constater dans les pays les plus développés qu’il n’en est rien sinon qu’une avidité plus grande en fait un animal plus féroce et plus que jamais prêt à dévorer. La culture de masse elle-même répond à une faim et à une soif de connaissances qui reste dans l’ordre des appétits à satisfaire plus que l’exercice de facultés supérieures propres à élever l’homme au-dessus de sa condition animale. Cet échec patent ne semble cependant pas avoir été enregistré par tous ceux qui revendiquent pour toute élévation de l’homme une élévation de son niveau de vie. Tout cela parait bien ingénu et ignorer la volonté du toujours plus motivé autant par la publicité que par la politique du travailler plus pour gagner plus. Et c’est l’agriculture puis l'ère industrielle n’est-ce pas qui a permis à l’homme moderne comme à la civilisation de naître. Voilà pour l’idéologie régnante. Mais où est le civilisé si je ne vois que des barbares encore prêts à tuer ? Si encore c’était pour se nourrir. Mais non, les hommes ont dépassés ça. Ce sont les animaux qui tuent pour se nourrir. C’est bien le seul trait marquant de la civilisation qui n’a jamais été aussi meurtrière. Pourquoi donc poursuivre l’élan de productivité ? A moins de considérer les hommes comme des cochons et qu’il faut gaver, pour qu’ils se repaissent. S’il y a en l’homme quelque chose de plus haut il est bien temps qu’il le montre, il est plus que temps qu’il le montre, sinon c’est à désespérer de l’homme, de tout ce que l’homme a mis en l’homme de foi et d’espoir. C’est comme un enfant qu’on ne verrait pas grandir. Pire encore, comme un enfant que l’on verrait grandir en perdant tout le bon potentiel qu’il y avait en lui, avec l’âge s’abêtissant et s’avilissant, alors qu’il acquiert un bien-être matériel qu’on pensait être la condition première à son épanouissement et qui semble bien causer sa perte en tant qu’être humain. C’est qu’il se pourrait aussi que l’on se trompe sur ce que l’on appelle libération. On entend par exemple par libération sexuelle le fait que l’on puisse s’adonner plus que jamais à la sexualité et non pas que l’on se libère de la sexualité et c’est de la même façon que l’on entend la libération matérielle, c’est-à-dire non pas que l’on se libère de la consommation de biens matériels mais que l’on puisse s’y adonner de plus en plus. Ce que l’homme a libéré en lui c’est l’animal et c’est l’animal en lui libéré de l’homme qui se sent plus libre, l’animal qui au bout de la laisse tire son prétendu maître pour le mener où il veut et quand il veut, ce qui n’a pas échappé à ceux qui font l’économie comme la politique de ce monde dit civilisé, et qui œuvrent comme de bien entendu pour l’humanité. Mais pour quelle humanité ? Pour une humanité qui ne serait pas sorti de l’animalité mais plutôt pour une humanité dont serait sorti l’animalité (et comme d’elle affranchie).

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