dimanche 18 septembre 2022

Petits propos sur la guerre

 

Tout le monde veut la paix. Personne ne veut la guerre. Ainsi pense-t-on. Il n’empêche qu’il y a la guerre. On peut alors, plutôt que de s’en tenir à ces déclarations dont on ne cherchera pas à démentir la bonne foi, ne pas en rester là et approfondir un peu la question. D’abord ce n’est jamais quand on s’en prend à la guerre aux deux protagonistes que l’on s’en prend, or il faut être au moins deux pour faire l’amour comme il faut au moins être deux pour faire la guerre, mais à l’un des deux ; autant dire que l’on prend parti pour l’un ou pour l’autre et que ce faisant on prend le parti de la guerre qu’ils se livrent. De même, l’on en a après les marchands d’armes qui sont pourtant d’une impartialité ou neutralité redoutable dans le sens où ils vendent indifféremment aux uns comme aux autres et selon les lois de la concurrence qui valent autant en temps de paix qu’en temps de guerre. Mais pourquoi s’en prend-on aux marchands d’armes et pas aussi aux reporters de guerre qui en font aussi leur affaire, surtout si l’on considère que les guerres sont de plus en plus des guerres médiatiques et médiatisées à outrance, que l’on est abreuvé de scènes de guerre comme de décors de pays en guerre comme de récits de guerre, chacun choisissant bien entendu ses victimes et leurs lamentations qui ne sont pas les victimes et les lamentations des victimes du camp adverse. Et puis les reporters de guerre ne sont là que parce que nous sommes là, c’est-à-dire loin du champ de bataille, mais que nous ne voulons rien en perdre. Si nous n’avons pas besoin d’être approvisionnés en munitions de guerre les images et les paroles victimaires sont si incitatives pour nous à la suivre et la poursuivre sans faillir cette guerre, sans que les forces et l’envie ne nous manquent, et ceci d’aussi loin que nous soyons. Car si en fait la guerre nous voulons c’est celle que les autres feraient pour nous et, autant que faire se peut, le plus loin de nous possible. Cela échapperait-il tant à notre conscience que nous puissions prétendre en toute bonne foi (et il n’est pas ici question de la remettre en doute sinon de la questionner) ne pas vouloir la guerre mais la paix qui serait comme son contraire, mais ça c’est encore une autre histoire comme disait le petit lion, et il est temps d’aller se coucher, histoire de ne pas se faire tuer. Couchez-vous ! Couchez-vous ! Fermez les yeux ! Fermez les oreilles ! Au loin des éclairs funestes et des bombardements de tonnerre, c’est la guerre. Ici on peut encore jouer à la faire et en parler à tête reposée.

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