Il lui fallait dire ces choses-là parce qu’aucun sociologue ne les disait. Il lui fallait dire ces choses-là aussi crûment qu’il les disait parce qu’on ne nous servait que du cuit et du recuit quand la vie elle était indigeste. Il lui fallait dire ces choses-là parce que c’était le fruit de ses observations à maintes fois répétées et que pourtant aucune statistique n’avait jamais été faite sur le sujet. Mais il avait remarqué que l’on ne sortait pas d’une propriété privé dotée d’une vaste et riche demeure comme l’on sortait d’un immeuble, qu’en fait on ne devait en sortir jamais, comme si le monde des autres ne commençait pas une fois son seuil franchi, à moins que ce soit que l’on ne doit pas oublier d’où l’on vient et que cela soit plus vrai quand l’on vient d’une riche demeure privée que d’un pauvre bâtiment public. De même quand l’on sort d’une grosse voiture que des transports en commun. Oui il l’avait mainte fois constaté et bien qu’il soit dangereux de faire ici une généralité ou plutôt c’en était une que de dire ce qu’il allait dire : qu’on était moins abordable pour ne pas dire : pas abordable du tout. Oui, c’était fascinant de constater combien ce qui nous faisait être ce qu’on est ne dépendait pas tant des êtres que des choses qu’on possédait. Le savoir c’était avoir cette conscience qu’on n’avait pas, qu’il n’avait (toujours en général car il y avait eût quelques exceptions heureuses à ces constatations amères et il n’était pas si doctrinaire qu’il ne les noterait pas) que rarement pu observer, et qui était de se défier de tous ce que l’on a, du pouvoir isolant et aliénant des choses, puisqu’elles nous isolent et nous aliènent des autres. A cette sociabilité perdue il supposait plutôt une sociabilité retrouvée pour ces illustres occupants qui avaient droit au plateau télévisé, car aux riches tout est servi sur un plateau, y compris les autres, les autres devenus en l’occurrence (comment pouvait-il en être autrement) spectateurs, admirateurs, puisqu’il est bien connu qu’on ne peut pas vivre sans les autres et que nous ne sommes pas abordables alors faisons que les autres le soit. A qui aurait juré du contraire, que ce ne sont pas les choses qui font les gens mais les gens qui font les choses, il dirait que c’est ainsi que sont les gens parce que c’est ainsi que sont les choses.
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