lundi 26 septembre 2022

Le vide

 

Il disait que le mal n’existe pas, mais cela n’était pas ce qu’il voulait dire sinon qu’il disait cela pour qu’on le comprenne, car pour lui le mal c’était le vide, or le vide ce n’est rien. Cependant celui qui aurait à un seul moment de son existence sentit le mal en lui, enfin, le vide, ne pourrait jamais s’en défaire complètement. Pire encore, il en serait possédé comme on disait que l’on était possédé par le démon, ce qui serait à ses dires beaucoup moins grave. Oui ! Qui aurait fait l’expérience du vide, qui est absence et absence de tout, ne serait-ce qu’à un seul moment de son existence, se serait senti alors et en même temps l’être le plus désemparé au monde, car il n’y a pas non plus sentiment plus incommunicable : comment exprimer le rien. Cet être là ne s’en remettrait jamais et son angoisse existentielle n’aurait non plus rien de concret, rien à quoi l’ont pu l’attribuer sinon à cette hantise d’être habité par le vide, que le vide fasse en lui place nette. Et dans son esprit par la pensée il s’efforçait en vain de le chasser, car dans sa pensée il y avait des blancs et c’était comme s’il les voyait ses blancs, et par ses yeux, et dans ses yeux son regard, il craignait qu’on ne vit qu’il en était comme traversés, comme par eux transpercés. C’était une lutte forcenée et sans échappatoire puisque justement l’échappatoire c’était le vide auquel selon lui on n’échappait jamais. Il comprenait que l’on fit autant de bruit autour de lui. Qu’on n’aima pas le silence. Qu’on n’aima pas la solitude. Quand c’était ce qu’il lui fallait pour se ressaisir par la pensée, mais peu sont ceux qui aiment à être pris par le col de la pensée (être ainsi tiré du vide) et lui préfère le col de l’utérus qui était pour lui le trou où l’on s’oublie. Souvent ce rêve qu’il avait fait adolescent que tandis qu’il marchait la terre s’ouvrait sous lui. Et ce devait être d’avoir senti le vide pour autant que l’on puisse dire que l’on sent ce qui n’est rien et que l’on souffre de ce qui n’est rien et que l’on ne doit à rien. Et aussi cette désormais intime conviction que tout habitait le vide, reposait sur rien. Encore une fois il était possédé par le vide comme on pouvait être possédé par le démon et ces ravages étaient autrement plus dévastateurs parce qu’entre le monde et lui il y avait un vide, un vide de plus en plus grand, un fossé qui allait s’élargissant ; puisque l’on ne peut voir que ce qui se voit il avait recours à cette image éculée du fossé qui bien entendu ne rendait pas ce que rien ne peut rendre puisque ce n’est rien ou l’absence de tout, le vide.

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