La vie est comme ce mot dont vous avez cherché la définition dans le dictionnaire et que vous avez cru aussitôt que vous l’avez vu connaître. Puis au cours de vos lectures et le rencontrant souvent l’idée que vous en aviez et par les différents emplois que vous lui avez vus a commencé à se modifier, à se nuancer, pour ne pas dire à moins bien se définir, sinon à se plier davantage au contexte dans lequel il était employé qu’à exister par lui-même, perdre en quelque sorte sa pureté originelle, se corrompre par l’usage. Au bout du compte vous ne sauriez plus le définir et ce n’est pas tant que vous auriez oublié sa définition mais qu’il vous renvoie plutôt à toutes les lectures que vous en avez faite et qui vous l’ont montré de l’une à l’autre si différent qu’il vous est maintenant difficile de reconnaître qu’il s’agit bien du même mot employé de diverses manières. Vous vous rappelez bien encore qu’il y avait dans le dictionnaire différents sens donnés à ce mot mais aucun ne collent tout à fait à comment vous, vous l’avez perçu, c’est-à-dire vécu. Prenons le mot dialectique, un mot dont la définition semblait lui échapper et qu’il ne commença à comprendre un peu qu’après avoir lu du Descartes, du Pascal, du Unamuno, du Bataille, du Hegel, du Marx, du… tout ceci bien sûr à dose homéopathique, mais qui tous par cette appréhension quelque peu différente qu’ils en avaient n’auraient pu ensemble s’accorder sur une définition du mot dialectique et semblaient cependant le lui en avoir fait approcher davantage comme qui dirait la réalité, une réalité qui ne serait pas objective mais subjective, comme vécu de l’intérieur, plus qu’un point de vue extérieur ou qui se voudrait tel, et par cela même le tiendrait éloigné de sa saisie qui ne pouvait elle qu’être personnelle comme sa vie.
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