vendredi 30 septembre 2022

Artifice de la société et nature de l'homme

 

Il faut imaginer qu’il y a eu un âge d’or de la société où elle était au plus près de l’homme sinon il nous faudrait la rejeter d’emblée et la considérer comme un mal absolu. Si l’on examine maintenant le cours de notre existence on ne pourra manquer d’observer que l’on a souvent fait l’expérience de la séparation et de l’éloignement, et c’est cela que nous a appris la société, et c’est cela que nous avons appris d’elle à nos dépens. Que l’on sépare l’enfant de sa mère parce que l’école est un peu loin. Que l’homme est de plus en plus amené à quitter le village où il est né. Il faut remarquer que c’est souvent l’espoir d’un meilleur salaire. Je dis cela parce que c’est la marque de la société. La société qui nous fait faire l’apprentissage de l’indépendance et de la liberté, de ce qu’elle appelle indépendance et liberté, mais qui n’est que indépendance et liberté prise vis-à-vis de nos proches, de nos semblables, et de plus en plus grande dépendance et asservissement à la société face à laquelle il reste un homme seul et désarmé, et c’est un moyen extrêmement puissant, simple et efficace, qu’elle a à sa disposition pour faire notre éducation, pour « faire de nous des hommes », et qui est l’argent.

Non elle ne nous apprend pas la valeur des choses ou la valeur des êtres mais la valeur de l’argent et que par conséquent il y a des choses comme des êtres qui ne valent rien, car il n’y aurait pas de choses ou d’êtres qui auraient une valeur propre sinon celle que l’argent leur donne, voilà ce que nous apprend la société pour faire de nous les hommes de cette société, c’est-à-dire indépendants et libres, car voilà aussi les deux éléments de sa propagande : « elle fait de nous des êtres indépendants et libres ». Certes, mais rappelons-le, vis-à-vis les uns des autres et non pas de l’argent et non pas de la société dont c’est l’instrument de notre asservissement et croissante dépendance vis-à-vis cette fois-ci de la société. Il est cependant dans la nature de l’homme et non pas de la société de créer du lien : le lien social est un artifice de la société qui en tout voudrait se substituer à l’homme. Quand le lien de l’homme pour l’homme passe par l’amitié et par l’amour, ou simplement par la fréquentation mutuelle, des hommes par les hommes, sans médiateurs, sans institutions interposées.

Si les hommes ne s’aiment plus et que la société craignant d’être débordée par cette haine voudrait artificiellement les raccorder, les rapprocher artificiellement après les avoir éloignés naturellement (de leur famille, de leur village, par l'argent, par la propriété et les hauts murs dressés qui la défendent mais aussi l’isole, par les internats, par les maisons de retraites, par les classes sociales, par les préjugés, par les guerres, par …) elle devra céder à l’homme et à sa nature aimante et peu indépendante qui est sa véritable nature sociale. Il faudra que la société lui laisse le temps et la possibilité de faire un apprentissage inverse à celui que chacun a fait au cours de son existence et qui fut celui de la séparation et de l’éloignement, de la toujours plus grande séparation et du toujours plus grand éloignement des siens, des hommes comme lui, que la société appelle à l’occasion ses semblables, mais cela aussi est un artifice de la société car il les a connus et aimé différents quand elle n’a voulu lui faire aimer que le semblable qui n’existe pas, qui n’est qu’un artifice de la société. Pour résumer a été ici exposé ou tenté d’être exposé l’artifice de la société et la nature humaine, son manque de correspondance, pour ne pas dire son opposition. La société devrait donc chercher à retrouver le chemin de l’homme plutôt que de vouloir que l’homme trouve le chemin de la société.

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