mardi 6 juillet 2021

La peur

 

Ce qui fait qu’une société n’est pas belle ce n’est pas qu’elle compte quelques criminels c’est que la peur la fasse rester chez elle. Peut-on d’ailleurs encore parler de société quand la peur de l’autre règne au point qu’elle nous en tient éloignés et confinés. Je me souviens qu’en Espagne la dictature de Franco se vantait d’avoir fait tomber la criminalité mais quand tomba la dictature de Franco l’Espagne retrouva ses rues chaudes, bouillantes, de monde, qu’on ne peut plus dire être sûres. A défaut de sûreté d’Etat on peut cependant à nouveau parler de sociabilité et de chaleur humaine. Il n’empêche qu’il y a depuis les nostalgiques d’un temps où, à les en croire, l’on pouvait circuler sans crainte. Ont-ils la mémoire si courte qu’ils aient oublié le couvre-feu, qu’à partir d’une certaine heure ils restaient chez eux ; qu’ils ne circulaient pas librement, qu’ils ne faisaient rien et encore moins librement quand un baiser dans un parc où tout autre lieu public était considérer comme un crime. On aurait pu leur mettre un masque. On leur avait mis un masque. Car ils ne se montraient pas tels qu’ils étaient. Car on les empêchait de respirer librement. 

Sans doute aussi chez nous, après cette période de masques et de confinement, y a-t-il des nostalgiques de quand on pouvait circuler plus sûrement quoique moins librement. On t–ils oubliés le couvre-feu et le confinement ? Et s’ils ne l’ont pas oublié et le réclament à grands cris c’est qu’ils sont un peu comme ses vieux qui ne se sentent bien que chez eux parce qu’ils s’y sentent en sécurité, ou, parce que cette histoire peut (prenons garde) devenir idéologique, parce qu’ils sont comme les partisans de Franco (ou autre dictateur et dictature militaire ou sanitaire) en appelant à la sûreté d’Etat plus qu’à la liberté. Car c’est ce choix qui est un choix de société qui se pose à l’homme aujourd’hui comme hier. Et si notre jeunesse ne peut plus s’aimer, si personne ne peut plus s’aimer, ou la peur au ventre, si l’on ne peut plus vivre que dans la crainte de l’autre, et le désir plus que de s’en rapprocher de s’en éloigner, comment peut-on encore parler de société ? Ce qui fait qu’une société n’est pas belle ce n’est pas qu’elle compte quelques criminels (de quoi ? De ne pas porter de masque, d’avoir franchi la distance de sécurité) mais que la peur la fasse rester chez elle.

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