mercredi 7 juillet 2021

L'évolution de l'homme

 

Il y a une évolution de l’homme dont on ne parle jamais, qui ne semble intéresser personne, dont on ne s’est peut-être même pas demandé si elle pouvait avoir eue cours ; de loin on lui préfère, et qui sait si parce qu’elle nous est aussi de loin favorable, celle qui irait de l’homme de Cro–Magnon à l’homme d’aujourd’hui. A fait aussi couler beaucoup d’encre et beaucoup de sang la division entre le corps et l’âme. Quand jamais la division entre intériorité et extériorité, qui est une évidence pour tout le monde, dont personne ne nie l’existence, n’a motivé la question de savoir s’il n’y avait eu en l’homme une évolution allant de l’extériorité vers l’intériorité ou de l’intériorité vers l’extériorité ? Pour une fois cependant tout le monde tomberait d’accord, autant les matérialistes que les spiritualistes, les partisans de la matière que les partisans de l’âme, les scientifiques que les religieux, pour dire que si dans ce sens  une évolution en l’homme à eue lieu ce serait celle allant vers un plus d’intériorité, allant de l’extériorité vers l’intériorité. Maintenant si l’on considère que la connaissance qu’elle soit dans le domaine des sciences ou de la religion est quelque chose d’acquis, d’extérieur à l’homme, et qu’il est allé chercher non pas tant en lui qu’en dehors de lui : dans la nature comme dans la société, on peut opter pour une évolution allant de l’intériorité vers l’extériorité. L’homme aurait alors été tout intériorité avant de se tourner petit à petit vers l’extérieur. Cela en tout cas nous amènerait à réviser nos jugements par rapport à l’extériorité. Dire de quelqu’un qu’il n’a pas d’intériorité ou qu’il est tout extériorité n’est pas en dire du bien. Qui sait pourtant si l’homme n’a pas eu un mal fou à sortir de lui-même, de son intériorité, pour aller vers l’autre, se tourner vers l’extérieur et que ce serait comme une naissance de la civilisation qu’on connaît et de l’homme qu’on connaît comme un être civilisé et sociable. Il y aurait eu aussi un bon moment dans cette évolution, comme JJ Rousseau parlait d’un bon moment dans l’autre évolution, celle allant de l’homme pêcheur et cueilleur à l’agriculteur et à l’homme plus industrieux ; un bon moment où ce serait vers un autre homme que l’homme se serait tourner et constater l’existence semblable et par conséquent estimé comme son semblable avant que cet homme ne disparaisse lui-même comme se dissipe un nuage de fumée, devenant aussi irréel que le concept abstrait de société (le fameux contrat social) où il s’évanouirait pour devenir une personnalité juridique et non plus humaine. D’où le sens péjoratif qu’aurait pris alors l’extériorité parce que ce ne serait plus être tourné vers l’homme mais vers la société et tout ce qu’il y a en elle d’extériorité, c’est-à-dire de superficiel. L’on peut toutefois encore de nos jours constater combien l’intériorité est forte chez l’homme et non pas celle qui nous la fait apprécier favorablement qu’on dit toute spiritualité ou richesse intérieure, mais celle qui nous fait dire qu’un être est dans sa bulle ou qui fait l’homme qui vous croise vous saluez distraitement comme s’il n’était pas là où que vous n’existiez pas, celle qui fait qu’il n’existe que lui et qui nourrit son égoïsme qu’on dit, quand l’égoïsme n’est pas autre chose que l’absence de l’autre dans ses pensées trop tournées vers lui-même, plus tournées vers lui-même que vers l’autre ; l’égoïste serait donc un homme primitif et l’homme primitif un homme tout intériorité, qu’en dites-vous ? Dire cela n’est-ce pas contrarier la belle idée que l’on se fait de l’intériorité et redonner à l’extériorité un sens moins péjoratif, moins superficiel. Oui ! Si seulement cette évolution vers l’extériorité n’avait pas été pervertie par ce détournement vers une société qui ne serait plus la société de l’homme, qui se serait affranchi de l’homme en l’asservissant, qui au lieu d’être une société au service de l’homme aurait mis l’homme à son service, c’est en quoi on peut parler d’aliénation qui ne serait pas tant comme on la voit dans un rapport de classe mais dans  le rapport entre l’homme et la société. Parce que la société au lieu de le servir le dessert, le dessert aussi son extériorité qui n’est plus qu’artifices, c’est-à-dire artificiel, superficiel, tournée vers l’acquisition des biens de cette société et en les possédant l'homme est possédé par elle, c’est-à-dire encore dépossédé de lui-même, aliéné.


NB

Kierkegaard, cet admirable écrivain et philosophe Danois écrit dans Post-scriptum aux Miettes philosophiques: notre époque a oublié ce que c'est que d'exister et ce que signifie l'intériorité. Elle a perdu la croyance en ce que l'intériorité enrichit un contenu apparemment pauvre, tandis que le changement dans l'extérieur n'est que dissipation dont s'emparent la satiété et le vide de la vie. Et si c'était plutôt que notre époque avait oublié ce que signifie l'extériorité qui n'est pas la satiété et le vide de la vie mais l'homme tourné vers l'homme, l'autre homme, plutôt qu'en lui-même où il ne trouvera que le vide et cette satiété qui est autant celle de l'homme imbu de lui-même que des biens de la société. Cette extériorité de l'homme tourné vers l'homme n'est pas celle si bien décriée par Kierkegaard mais celle de l'homme tourné vers une société et ses biens pour remplir à satiété une vie où il n'y aurait plus qu'eux, dont il serait absent.

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