Elle avait de longues jambes enveloppées de bas couleurs chair un peu foncé qu’arrêtait très haut une jupe courte et droite surmontée d’une petite veste genre tailleur à manches longues. Elle était très brune avec des cheveux presque noirs qui descendaient raides jusqu'à mi nuque et contournaient soyeusement l’ovale d’un visage emprunt de douceur avec de grands yeux qui n’avaient pas honte de voir comme d’être regardés. Elle avait attendue longtemps là où elle était et c’est de loin que je l’avais vue et que j’étais venu à elle, puis elle m’avait emboîté le pas sans que je lui ai rien demandée. L’on n’entendait pas ses talons marteler le sol, ce n’était pas un déhanché saccadé, mais une démarche souple et aérienne. Pas un seul mot n’avait été échangé comme si l’on se connaissait de tout temps ou qu’elle savait répondre à une nécessité humaine sur laquelle il n’y avait rien à ajouter. C’était la pute idéale ou rêvée, et je rêvais en effet. Je lui parlais maintenant avec difficulté de cet autre impuissant qui ne savait pas trop ce qu’il désirait puisque le désir semblait l’avoir quitté dans ce qu’il a de plus tendu et désirable, ce qui ne paraissait pas la gêner ni même la peiner. J’attachais trop d’importance à la chose. On n’était pas obligé. Je l’aidais cependant à le déshabiller, ce qu’elle faisait naturellement comme si elle avait toujours fait ça mais on ne voyait pas le métier, de l’amour mêlée de tendresse on aurait dit, quoique non dénué d’application comme à se défaire elle-même pour ne pas garder l’avantage du vêtement sur la créature nue et désarmée. Je ne sais pas après ce qui s’est passé entre eux ou s’il ne s’est rien passé, comme je ne suis pas là pour le raconter mais pour parler d’elle qui n’avait rien d’une pute et devait cependant en être une et pas moins femme pour autant, pas plus non plus. Ce n’était pas un plus qu’il était allé chercher et sûrement même s’attendait-il à un moins. Et c’était la grâce qu’il avait trouvée. Une faculté peu commune mais humaine. Une grâce désirable, plus désirable que désirée, et comme la paix des sens réveillée. La grâce est nue bien qu’habillée parce que dépouillée de toute vulgarité. C’est ce que l’on n’aime pas voir et ce que l’on voit en premier la vulgarité. Comment aimer avec cela. Il y a des femmes que l’on ne cesserait de déshabiller sans jamais trouver cette nudité qui est pureté et innocence de l’être avec ou sans religiosité mais humanité, ce qui ne semble pas toujours aller de pair. La religiosité c’est encore un habit, l’habit du religieux, et une fois ôté quelle horrible disgrâce pour qui n’est que vulgarité, tandis que la grâce est splendeur dans toute sa nudité. Pour le moine libidineux avoir des pensées coupables avant de s’endormir, et si elles débouchaient sur un pareil rêve, pouvait lui être reprochées, comme, après l’avoir fait ce rêve, de chercher à le refaire. Jamais on n’irait penser qu’on lui barrait ainsi le chemin de la grâce ou de la pute idéale.
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