Voici bientôt revenus les beaux jours où avec la chaleur on goûtera à la fraîcheur autant dans l’air que dans l’eau que l’on boira ; et ils auront leur part d’ombre et de lumière que tour à tour l’on recherchera ; le corps lui-même voudra comme on dit prendre l’air, prendre l’air et l’eau de la baignade. On parle moins de cette sève qui monte dans les arbres et pas que dans les arbres, en soi, peut-être parce que ce n’est que chez les plus jeunes d’entre nous qu’on la voit. Elle est chez eux tout effervescence, tout floraison et joie, quand on se sent seulement un peu moins calme que d’habitude et sans trop savoir pourquoi. C’est que tout appelle à la vie et que tout celui qu’elle n’a pas quittée s’en sent comme nouvellement habité. L’acte même de respirer pourtant si essentiel à cette vie n’a été que trop oublié. On ne le savait pas être tant source de félicité, et signe d’une grande liberté qu’il faudrait qui sait si comme elle un jour revendiquer. Au retour des beaux jours comme il fait bon respirer, le goût, les odeurs, tout ce que l’on a cru perdre enfin retrouver. Qui ne sait jamais senti convalescent c’est-à-dire comme la nature au printemps. Elle revit en nous comme nous revivons en elle. On se croyait mort comme on la croyait morte. Et nous voilà tous ressuscités. Personne n’y croit, je sais. Mais il vaut mieux en rire qu’en pleurer.
J’entends le faible clapotis des voix (sûrement une mère à son enfant) qui se mêle aux tendres gazouillements des moineaux que je ne vois pas davantage quand il me suffirait, mais peu m’importe, de me pencher à ma fenêtre comme le ferait la première commère ignorant que les noms que l’on a, et souvent ce sont des noms d’oiseaux que l’on se porte, n’ajoutent ni ne retranchent rien aux êtres, n’ajoutent ni ne retranchent rien à leur existence, et que c’est cette existence toujours fraîche et tremblante, et que c’est cette fraîcheur et ce tremblement, dans la chaleur du jour qui tombe avec le jour, dont il est bon de sentir encore la présence vibrante et sonore.
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