Je les ai vus à pied d’œuvre et ce qu’ils ont fait d’une vieille école, d’une boite à bachot. Il faut dire que ça ne fait pas rêver une vieille école, une boite à bachot, et que personne n’est là pour la regretter. Bien au contraire, je vois maintenant passer des couples qui jettent des regards émerveillés vers l’immeuble aux appartements dits de prestige. On ne parle plus de l’ancienne école mais d’un immeuble agencé comme une maison : ne rêve t-on pas à un appartement à défaut de pouvoir rêver à une maison ? Et chaque appartement ne concrétise t-il pas, ne résume t-il pas à lui seul leur rêve ? On ne se plaindra plus, car je n’ai pas oublié les cris et les rires des vils garnements qui faisaient au pied de ce bahut beaucoup de chahut, ni la vieille dame qui voulait qu’on fasse fermer l’établissement. Il n’y a plus désormais que les mines réjouies et les sourires ravis des futurs occupants. Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. De grandes et belles voitures occupent déjà l’ancienne cour d’école où ces maudits gosses se montraient beaucoup trop bruyants. On n’arrête pas le progrès et les voitures démarrent aujourd’hui à l’électrique. Plus de pétarades au démarrage.
Comment ne pas se réjouir de tout cela ? Ne faut-il pas être un bien triste sire ? D’autres enfants joueront dans la cour. La vie continue et s’il faut lui donner un visage celui-ci n’est-il pas de loin préférable, plus vendeur ? Ne rencontre t-il pas plus d’acheteurs et non des moins riches ? Il y a certes d’autres enfants nés d’autres parents et je sais d’un terrain vague près d’une voie ferrée promis à du logement social qui attend toujours en vain ses marchands de rêves. C’est que le logement social ça ne fait rêver personne, encore moins les rêveurs fortunés qui tournent ostensiblement leur regard vers l’immeuble des bords de Marne aux appartements dits de prestige. Mais laissons la réalité sociale pour le rêve et demandons-nous plutôt qui sont aujourd'hui les marchands de rêves ? Ce sont, entre autres, des entrepreneurs, des hommes d’affaire, cela va jusqu’au directeurs d’agences immobilières, qui vendent une vieille école pour un immeuble tout neuf aux appartements dits de prestige, qui vendent du rêve, c’est juste un peu plus cher qu’un poème ou que le concert d’Aranjuez.
Mais l’homme des cavernes ne rêvait pas d’habiter une caverne. Par contre, il gravait ses rêves sur la pierre et souvent c’étaient des bisons. Qui rêve encore de bisons ? Qui rêve encore de bisons serait bien en mal d’en trouver. Qui dit que l’on ne rêvera pas un jour de boire de l’eau et de respirer de l’air ? Qui dit que les marchands de rêve ne nous vendront pas un jour l’eau que l’on boit et l’air que l’on respire (gratos) au prix où ils vendent les appartements dits de prestige ? Et que seul les plus riches… Ne laissez pas vos rêves entre les mains des marchands de rêves.
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