Ils étaient quatre cents soixante dix et quelque…combien de fois vingt et trois partis en un seul jour mais il n’y aura pas de chanson, pas de poème d’Aragon, en leur honneur pas d’hommage rendu, pas de commémoration. Il en meurt tous les jours autant depuis la survenue de la deuxième vague du Covid 19. Il en mourrait déjà tous les jours autant lors de la première vague du Covid 19. On en parle comme d’une guerre. Sans doute alors rendra t-on un jour hommage aux combattants mais pas à toutes ces victimes collatérales, car c’est ainsi qu’on pourrait les nommer. Selon la terminologie militaire un dommage collatéral désigne les victimes civiles ou alliées. Ce sont les victimes du Covid 19, ennemi resté invincible jusqu’à ce jour et continuant à tuer en toute impunité. La coalition des forces alliées restant impuissante à le combattre. On commence même à douter d’une victoire finale. A parler de la possibilité d’une troisième vague aussi sinon plus meurtrière que les deux précédentes, voire même d’une guerre interminable. Tout ce qui ne ferait que retarder une possible commémoration aux morts. Si la société civile entend par commémoration une cérémonie faite en souvenir d’un événement important l’Eglise catholique pense à ses morts, à tous ses morts lors de la commémoration aux morts, plutôt qu’à un événement important et à ses héros. Mais qui pense aux vivants, à ces quatre cents soixante dix et quelque, vivants appelés chaque jour à disparaître pour qui l’on ne voudrait célébrer aucune commémoration ni civile ni religieuse, et à la chanson de Jacques Brel :
J’avais juste vingt ans et nous étions cent vingt
A être le suivant de celui qu’on suivait
Au suivant
Au suivant
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