J’ai appris à jouer aux échecs et j’aime les échecs. Je n’ai pas appris à faire la cuisine et je n’aime pas faire la cuisine. J’ai appris à lire et j’aime lire. Je n’ai pas appris à jardiner et je n’aime pas faire du jardinage. Ce n’est pas que j’aime les activités intellectuelles et pas les activités manuelles. Si j’avais appris à faire la cuisine et le jardinage plutôt qu’à jouer aux échecs et à lire j’aurais aimé la cuisine et le jardinage plutôt que les échecs et la lecture. J’ai appris à connaître cette personne. Elle est devenue mon ami. Tout est connaissance (d’ailleurs on dit faire une connaissance). L’illusion c’est de croire que l’on peut aimer sans connaître. Je suis tombé amoureux. De qui ? De quoi ? Je l’ignore. Voilà tout mon malheur. Et il réside dans mon ignorance. Et l’ignorance ce n’est pas tant ne pas connaître que de croire connaître. Je ne pourrais pas l’aimer si je ne croyais pas la connaître (n’oublions pas que l’on aime que ce que l’on connaît). Voilà tout mon malheur, voilà qu’elle n’est pas celle que je croyais être. Cependant dès que je l’apprends je ne l’aime plus. Si petit à petit j’apprends à connaître cette personne il est possible que petit à petit je me mette à l’aimer vraiment ou à ne plus l’aimer. Si cela arrive subitement c’est une déception, un choc, on s’est trompé et on croit avoir été trompé. Cette erreur procède de notre ignorance, de notre aveuglement : on croyait la connaître quand on ne la connaissait pas, d’où l’importance d’apprendre à connaître quelqu’un comme quelque chose, sans quoi tout amour véritable est impossible. Apprendre à connaître c’est apprendre à aimer. L’illusion, l’erreur, c’est de penser que l’amour ne s’apprend pas. Tout s’apprend. Tout est connaissance.
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