On m’appelait le provocateur parce que je disais « je
suis zoreil et j’en suis fier ». J’avais alors pas plus de douze ans et je
venais d’arriver en Nouvelle-Calédonie où on appelait zoreil les blancs venus
de Métropole. C’était déjà beaucoup de se faire accepter quand on venait de
France ( il n'y a rien d'étonnant à cela quand on connaît l’histoire de la Nouvelle-Calédonie avec la France qui
est un peu celle des colonisés avec les colonisateurs mais que j’ignorais alors).
C’était déjà beaucoup que d’être zoreil il était inutile d’en ajouter,
d’ajouter « je suis zoreil et j’en suis fier ». J’ai aujourd’hui
bientôt soixante ans et même si je suis toujours aussi fier d’être zoreil je ne
l’ajouterai pas. La provocation est toujours bête et méchante.
Quand j’entends aujourd’hui que Charlie Hebdo republie ses
caricatures je me dis que Charlie Hebdo n’apprend pas des leçons du passé, que
des hommes sont morts pour rien, qu’on n'insiste dans la bêtise et la méchanceté,
car il ne faut pas se montrer trop suffisant, car il est suffisant d’être laïc
et démocrate, car il n’est pas utile d’en rajouter, car c’est comme dire « je
suis laïc et démocrate et j’en suis fier » ce qui peut être entendu comme « je
suis laïc et démocrate et je vous emmerde ». Celui qui l’est vraiment en
quoi a-t-il besoin de s’en vanter. Le riche doit-il ajouter qu’il est riche. De
même celui qui est riche d’une idée. Notre laïcité et notre démocratie a-t-elle
besoin de cela. Est-elle si jeune et doute t’elle encore d’elle-même au point d’agir
comme un riche parvenu qui aurait encore besoin de montrer sa richesse, d’en
montrer aux autres. Auprès de qui veut-on se faire valoir ? Dans quelle
nouvelle croisade veut-on se lancer ? Veut-on afficher le mépris qu’a le
riche pour le pauvre, le mépris que le riche a jusque pour les idées du pauvre,
pour la foi du pauvre, celle qu’on a perdue depuis qu’on est riche.
A un peu moins de caricature et à un peu plus d’humilité on
serait conviés par notre propre foi, nos propres croyances chrétiennes si on ne
les avait pas perdues en chemin. Imbus de nous-mêmes et de nos valeurs, de nos croyances
qu’elles soient religieuses ou laïques, on ne semble pas avoir beaucoup changés
comme notre volonté de les imposer au monde. Les nouveaux pauvres seraient des
pauvres d’esprit qui ne comprennent même pas la plaisanterie. Eh bien, qu’on
plaisante aujourd’hui sur la démocratie et la laïcité, sur qui les représentent
comme des bons dieux à la panse bien remplie, comme des rois et leurs cours et
leurs courtisans qui n’ont pas davantage cure du petit peuple, qui leur donne
des leçons d’hygiène tout court à défaut d’hygiène morale, qui leur dit qu’il
faut se laver les mains et qu’il faut mettre un masque parce que le fait même
de respirer les rend contagieux, parce qu’ils ne peuvent être que porteurs de
germes infectieux, et en n'en faisant la cause d’un mal qu’ils n’ont pourtant pas
causer les menacent d’une amende s’ils se mettent à respirer librement.
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