lundi 4 mai 2020

Le Coronavirus n°11(et la peur du Coronavirus)


Comment rendre un vibrant hommage à un combattant de la peur. A GO2 Santé à Saint-maur-des-fossés des tables dressées face à l’entrée comme autant de barricades. Derrière il se tenait comme face à un ennemi invisible mais que personnifiait tout nouvel arrivant qui se trouvait de l’autre côté dans l’attente d’être servi, d’habituels clients mais devenus du jour au lendemain de potentiels porteurs du virus. On s’écartait sur le passage de qui d’ordinaire se serait fait marcher dessus, écrasé comme on écrase une fourmi, un escargot, par inadvertance plus que par malveillance, il imposait alors le respect dont tous les puissants de ce monde ne sont pas sans ignorer la cause véritable, et devait se sentir d’un coup investit d’une puissance incroyable car nourrit par la peur qu’il pouvait lire dans les yeux des autres. Tandis que le combattant de la peur accueillait et répondait à la demande de son regard placide et de sa voix tranquille. Il était resté seul à son poste. Dès les premiers jours de l’épidémie sa collègue l’avait quitté. Il comprenait que l’on est peur mais pas qu’on ne lutta pas contre cette peur. Je lui dis ce que Malebranche, Descartes, Rousseau, Spinoza, Hume, avaient dit avant moi : que pour combattre une passion rien de mieux qu’une passion contraire, contre la peur le courage. Il ne s’en étonna pas. Ce n’était pas un de ces bravaches sans cervelle qui de n’avoir fondé sur aucune réflexion un courage par trop affiché le verrait s’effondrer à la moindre affection du mal qu’il feindrait de mépriser. Il me répondit que lui la peur il l’a combattait par la peur. Comme j’aurais aimé que l’entendent Malebranche, Descartes, Rousseau, Spinoza, Hume. Il ne s’agissait plus de passions contraires mais de passions similaires. Il avouait avoir peur comme tout le monde du Coronavirus mais qu’une peur plus grande, celle de la fermeture du magasin, le faisait tenir ferme derrière ce semblant dérisoire de protection qu’était à la fois la visière qu’il portait et les tables dressées en barricades. Lui, il n’avait pas céder à la peur et prit la fuite, et ceci il le devait pourtant à une autre peur qu’il avait intelligemment fait valoir sur la première, une peur qui ne concédait rien à la peur mais exigeait du courage : celui de tout combattant de la peur.

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