Comment rendre un vibrant hommage à un combattant de
la peur. A GO2 Santé à Saint-maur-des-fossés des tables dressées face à
l’entrée comme autant de barricades. Derrière il se tenait comme face à un
ennemi invisible mais que personnifiait tout nouvel arrivant qui se trouvait de
l’autre côté dans l’attente d’être servi, d’habituels clients mais devenus du
jour au lendemain de potentiels porteurs du virus. On s’écartait sur le passage
de qui d’ordinaire se serait fait marcher dessus, écrasé comme on écrase une
fourmi, un escargot, par inadvertance plus que par malveillance, il imposait
alors le respect dont tous les puissants de ce monde ne sont pas sans ignorer
la cause véritable, et devait se sentir d’un coup investit d’une puissance
incroyable car nourrit par la peur qu’il pouvait lire dans les yeux des autres.
Tandis que le combattant de la peur accueillait et répondait à la demande de
son regard placide et de sa voix tranquille. Il était resté seul à son poste.
Dès les premiers jours de l’épidémie sa collègue l’avait quitté. Il comprenait
que l’on est peur mais pas qu’on ne lutta pas contre cette peur. Je lui dis ce
que Malebranche, Descartes, Rousseau, Spinoza, Hume, avaient dit avant moi :
que pour combattre une passion rien de mieux qu’une passion contraire, contre
la peur le courage. Il ne s’en étonna pas. Ce n’était pas un de ces bravaches
sans cervelle qui de n’avoir fondé sur aucune réflexion un courage par trop
affiché le verrait s’effondrer à la moindre affection du mal qu’il feindrait de
mépriser. Il me répondit que lui la peur il l’a combattait par la peur. Comme
j’aurais aimé que l’entendent Malebranche, Descartes, Rousseau, Spinoza, Hume.
Il ne s’agissait plus de passions contraires mais de passions similaires. Il
avouait avoir peur comme tout le monde du Coronavirus mais qu’une peur plus grande,
celle de la fermeture du magasin, le faisait tenir ferme derrière ce semblant dérisoire
de protection qu’était à la fois la visière qu’il portait et les tables
dressées en barricades. Lui, il n’avait pas céder à la peur et prit la fuite,
et ceci il le devait pourtant à une autre peur qu’il avait intelligemment fait
valoir sur la première, une peur qui ne concédait rien à la peur mais exigeait
du courage : celui de tout combattant de la peur.
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