samedi 11 avril 2020

Le Rapporteur (et ce qu'il dit quand on lui demanda des nouvelles du Dieu des hommes)


Ce que je sais des hommes (car je ne sais rien de Dieu directement, avoua humblement le Rapporteur) c’est qu’ils avaient jadis un Dieu viril et combatif quand je ne leur ai connu qu’un Dieu gentil qui se met avec eux à genoux devant l’ennemi et qui prie, devant la femme et qui prie, devant la maladie et qui prie ; un Dieu qui comme eux a peur de mourir et qui envers et contre toute noblesse d’âme ou de cœur veut vivre. Toujours les hommes ont fait Dieu à leur image. C’est un Dieu humanitaire. Il est là où l’on veut qu’il soit et accomplit la volonté des hommes. Il reçoit le camouflet de qui veut bien lui donner et plus que jamais ne le renvoie pas. C’est un Dieu accommodant et plus que jamais tout le monde s’en accommode. On le laisse souffler l’esprit saint là où il veut, et ces âmes replètes de Dieu on peut les voir en tous lieux. Inoffensives et vaines. Miséricordieuses et saines.

Mais qu’en est-il de tout ce qui est tortueux et qui a une queue ? Demanda un jour aux hommes le Rapporteur, car c’est l’idée qu’il se faisait des hommes. Il apprit alors que par les chemins qu’ils prennent moins que jamais ils ne sont dérangés, Dieu ne leur cherche plus querelle, et que plus que jamais ce Dieu était le Dieu de tous les hommes, et plus que jamais celui de ceux qui avaient une queue et étaient tortueux. Comme le Rapporteur ne comprenait pas les hommes durent lui expliquer qu’on avait annoncé la mort de Dieu à Dieu, et que comme Dieu ne voulait pas mourir il finit par être ce que l’on voulut bien faire de lui. Dieu comme tous les hommes savait s’adapter aux temps et aux circonstances ; et plus qu’aux temps et plus qu’aux circonstances au pouvoir et à ses représentants sur terre. C’était devenu un Dieu indolent, nonchalant, un Dieu bon vivant. Il arrivait même qu’on le prenne en pitié au regard de toutes les souffrances qu’il aurait encourues, mais pour lui les hommes ne culpabilisaient plus. Ils l’auraient plutôt rendu coupable de ce qui pouvait leur arriver comme malheur s’ils l’avaient encore cru tout puissant. Mais cette toute puissance de Dieu était passée aux hommes ou plutôt cette croyance : les hommes se croyaient tout puissant et donc non nécessiteux de la toute puissance de Dieu. Dieu était relégué aux affaires intimes, c’était pour certains un confident, pour d’autres un témoin gênant, pour le moins embarrassant, mais un deal était toujours possible avec lui, ce n’était plus le Dieu irascible et incorruptible d’antan, rapportaient les hommes au Rapporteur. C’est qu’il était aussi devenu trop faible (et cela était, précisa le Rapporteur, en rapport direct avec la croyance qu’on lui portait qui elle aussi était devenue trop faible) pour qu’on lui trouva un ennemi. Et c’est ainsi que le Dieu de guerre était devenu un Dieu de paix. Mais qu’il reprenne des forces et il retrouvera sa virilité et on lui redonnera un ennemi à combattre et à nouveau on mourra pour lui, dit le Rapporteur qui sentait bien les hommes capables de refaire les mêmes bêtises que par le passé, car Dieu, lui disaient les hommes, n’avait pas toujours été ce qu’il était.




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