Ce que je sais des hommes (car je ne sais rien de Dieu
directement, avoua humblement le Rapporteur) c’est qu’ils avaient jadis un Dieu viril
et combatif quand je ne leur ai connu qu’un Dieu gentil qui se met avec eux à
genoux devant l’ennemi et qui prie, devant la femme et qui prie, devant la
maladie et qui prie ; un Dieu qui comme eux a peur de mourir et qui envers
et contre toute noblesse d’âme ou de cœur veut vivre. Toujours les hommes ont
fait Dieu à leur image. C’est un Dieu humanitaire. Il est là où l’on veut qu’il
soit et accomplit la volonté des hommes. Il reçoit le camouflet de qui veut
bien lui donner et plus que jamais ne le renvoie pas. C’est un Dieu accommodant
et plus que jamais tout le monde s’en accommode. On le laisse souffler l’esprit
saint là où il veut, et ces âmes replètes de Dieu on peut les voir en tous
lieux. Inoffensives et vaines. Miséricordieuses et saines.
Mais qu’en est-il de tout ce qui est tortueux et qui a
une queue ? Demanda un jour aux hommes le Rapporteur, car c’est l’idée
qu’il se faisait des hommes. Il apprit alors que par les chemins qu’ils
prennent moins que jamais ils ne sont dérangés, Dieu ne leur cherche plus
querelle, et que plus que jamais ce Dieu était le Dieu de tous les hommes, et plus que jamais celui de ceux qui avaient une queue et étaient tortueux. Comme le Rapporteur ne
comprenait pas les hommes durent lui expliquer qu’on avait annoncé la mort de
Dieu à Dieu, et que comme Dieu ne voulait pas mourir il finit par être ce que
l’on voulut bien faire de lui. Dieu comme tous les hommes savait s’adapter
aux temps et aux circonstances ; et plus qu’aux temps et plus qu’aux
circonstances au pouvoir et à ses représentants sur terre. C’était devenu un
Dieu indolent, nonchalant, un Dieu bon vivant. Il arrivait même qu’on le prenne
en pitié au regard de toutes les souffrances qu’il aurait encourues, mais pour
lui les hommes ne culpabilisaient plus. Ils l’auraient plutôt rendu coupable de
ce qui pouvait leur arriver comme malheur s’ils l’avaient encore cru tout
puissant. Mais cette toute puissance de Dieu était passée aux hommes ou plutôt
cette croyance : les hommes se croyaient tout puissant et donc non
nécessiteux de la toute puissance de Dieu. Dieu était relégué aux affaires
intimes, c’était pour certains un confident, pour d’autres un témoin gênant,
pour le moins embarrassant, mais un deal était toujours possible avec lui, ce
n’était plus le Dieu irascible et incorruptible d’antan, rapportaient les
hommes au Rapporteur. C’est qu’il était aussi devenu trop faible (et cela
était, précisa le Rapporteur, en rapport direct avec la croyance qu’on lui
portait qui elle aussi était devenue trop faible) pour qu’on lui trouva un
ennemi. Et c’est ainsi que le Dieu de guerre était devenu un Dieu de paix. Mais
qu’il reprenne des forces et il retrouvera sa virilité et on lui redonnera un
ennemi à combattre et à nouveau on mourra pour lui, dit le Rapporteur qui
sentait bien les hommes capables de refaire les mêmes bêtises que par le passé,
car Dieu, lui disaient les hommes, n’avait pas toujours été ce qu’il était.
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