vendredi 10 avril 2020

Le Coronavirus n°7


Il n’y a pas de connaissance de soi sans reconnaissance de l’autre. Il n’y a pas de moi sans toi. Tu es la conscience de mon existence, le miroir qui me renvoie à moi. Plus de miroir, plus de conscience d’exister. Le fait d’exister ne suffit pas à faire naître le moi. Le miroir réfléchissant, parfois grossissant, nourrit l’orgueil et de l’orgueil naît le moi. Le moi n’existe pas. Le moi est une fiction, le reflet de mon existence. Mais bientôt, poussé par l'orgueil, je la voudrais indépendante, c’est-à-dire existante sans le toi, je voudrais un moi absolu. Mais ce qui gonfle mon moi ou plutôt mon orgueil d’où procède cette fiction du moi c’est toi. Cette grande idée que je me fais de moi-même et qui s’appelle le moi c’est à toi que je la dois, comme c’est à moi que tu dois ton moi, à la grande idée que je me fais de toi, de ton existence que je vais jusqu’à reconnaître comme indépendante de moi, et elle l’est effectivement, car je ne  suis pas le seul toi pour toi qui dois l’existence de ton moi à plusieurs toi ou miroirs réfléchissants, parfois grossissants où se nourrit ton orgueil au point que de ton orgueil naisse le moi.

Imaginons maintenant une épidémie que l’on va appeler le Coronavirus qui oblige tous les moi à vivre sans tous les toi. Tous ces moi qui étaient pleins d’envies, de projets à réaliser. Voilà qu’ils se demandent maintenant ce qu’ils ont envie de faire, de réaliser, et s’étonnent de constater que cette envie s’est dissipée. C’est que cette envie ils la doivent peut-être plus aux autres qu’à eux-mêmes. Plus à toi qu’à moi je dois mon envie d’exister. Ils ne savaient pas à quel point ils devaient leur existence aux autres. Souvent à la question qu’ai-je envie de faire ils ne trouvent plus de réponse et ils sont comme la roue d’un moteur qui s’est arrêté de fonctionner et continue encore un peu à tourner. C’est le moment de se poser cette question de qui je suis, du connais toi toi-même, et de se rendre compte que l'on ne peut pas se connaître soi-même, que justement l’on n’est rien sans les autres, pas même moi, que moi est une fiction qui doit son existence à l’orgueil que les autres gonflent et dégonflent, que notre sentiment de l’existence, que notre conscience d’exister, n’est peut-être pas non plus tant que cela le je pense donc je suis de Descartes, mais que les autres nous autorise ou pas à exister, que le moi n’existe pas sans toi, miroir réfléchissant ou grossissant de mon moi, lui-même belle création de l’orgueil ; en fait il n’est qu’orgueil d’exister mon moi et cela je te le dois à toi. C’est pourquoi certains veulent mourir et d’autres veulent vivre. Leur moi est comme une flamme trop peu nourrie et il n’y a pas de flamme qui d’elle-même ne s’éteigne. Le moi est sans toi, le moi sans toi ne peut survivre trop longtemps, il s’éteint. Les livres ne sont qu’autant d’appareils respiratoires, jamais ils ne remplaceront la vie à l’air libre.

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