En affreux gamins que nous sommes on ne peut pas
s’empêcher de penser, et c’est sans doute parce qu’on ne veut pas qu’on n’y
pense, à ce qu’il peut bien se passer dans nos laboratoires, et on aimerait tant y aller jeter un petit coup
d’œil, histoire de se rassurer comme on n’a pu nous rassurer en laissant l’œil
de la caméra pénétrer jusqu’au cœur de nos centrales nucléaires et montrer
combien de systèmes de sécurité plus probants les uns que les autres nous en
protégeait, sans compter que l’on pouvait aussi arrêter les nuages radioactifs
avant qu’ils n’arrivent menaçants au-dessus de nos têtes. Mais, comme on nous
parle à nouveau de guerre, et qu’on nous avait déjà parler de guerre bactériologique
et en nous disant cela nous avait comme mis l’eau à la bouche ou laissés sur
notre faim, on aimerait bien savoir maintenant ce qui se trame dans nos
laboratoires et être tout à fait rassurés, comme après ces visites éclairs faites
dans les centrales nucléaires, par des visites semblables quant à leur durée et
leur qualité faites dans des laboratoires, histoire de nous enlever une fois
pour toute cette fâcheuse idée de risque d’accident ou de fuite qui ne peut
germer que dans des esprits aussi enfantins que les nôtres ou le sérieux de la
science a du mal à faire son chemin et a s’imposer comme seule garantie
d’avenir et de prévention et de dissuasion du mal.
Et ceci surtout à la lumière des derniers événements
(peut-on dire avatars) et du tout dernier venu le Coronavirus tant il semble
nous jeter en pleine science fiction et que l’on doit se frotter les yeux et se
dire que non, on ne rêve pas, que ce n’est pas un cauchemar que l’on rêve, mais
bien que l’on vit, confiné comme on l’est chez nous quand ce n’est pas dans un
lit d’hôpital. Non, bien sûr, rien ne s’est échappé d’un laboratoire, toute la
communauté scientifique est là le cas échéant pour nous le dire, et nous pour
le croire ; mais allons, allons quand même faire un tour dans les antres
mystérieux de la science ou dans ses arcanes, qu’elle n’est plus de mystères ou
de secrets pour nous, de sorte que cela mette fin une bonne fois pour toute à
cette imagination débridée et enfantine qui est la nôtre et, pour qu’emprunt
d’un plus grand sérieux, comparable à celui de nos scientifiques ou de nos
dirigeants, nous nous conformions à la pure vérité scientifique qui est la
réalité de notre monde. Oui, allons, allons, dans les laboratoires qui sont la
fabrique de ce monde et qu’on nous y amène par la main et caméra au poing comme
on y amène le monde, tout le monde, pour qu’on n’y voit mieux que dans un livre
d’histoire où tout y est achevé, où c’est de l’histoire passée, l’histoire de
l’homme en germe dans de petits flacons dorés.
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