mercredi 8 avril 2020

Le Coronavirus n°6


Le Coronavirus s’attaque à la vie humaine et plus qu’à la vie humaine à la vie sociale. Plus de vie sociale alors qu’il y a encore de la vie humaine. C’est possible à cause du Coronavirus. La vie sociale n’était pas indemne de quelques troubles, mais de là à conjecturer son arrêt brutal. Autour de la mort s’organise aussi la vie sociale. Plus de cérémonies funèbres. Plus d’enterrements. Repli de la vie. Elle est menacée. Ce n’est plus à titre individuel qu’elle est menacée. Sans quoi tout continuerait comme avant et la mort aurait dans la vie sa place allouée. Mais c’est de la survie de l’espèce humaine qu’il s’agit. Pas de préserver des individus, mais de préserver des populations entières. Le Coronavirus ne fait que passer comme un AVIS aux populations ou un ange exterminateur. Mais l’on ne voudrait pas qu’il emporte tout le monde ou trop de monde sur son passage. Et l’existence individuelle prend de l’importance en tant qu’elle fait gonfler les statistiques et la peur de l’extinction de l’espèce humaine. Jamais on ne se sera senti si seul et en même temps comme faisant partie d’un tout, du genre humain. Les gouvernements de tous les pays, le corps scientifique et médical du monde entier, se sont mobilisés, la police, l’armée. Des moyens gigantesques sont mis en œuvre. La recherche s’active. Mais chacun doit rester chez lui. Il n’est pas mort, mais c’est ce qu’on appelle faire le mort et pour un temps indéterminé. C’est une pratique de survie bien connue, quand un danger vous menace il faut faire le mort pour qu’il ne vous tue pas. Quelqu’un vous maintient la tête sous l’eau afin de vous noyer, vous faites le mort pour qu’il vous croit mort et relâche l’étreinte et ainsi vous pouvez vous sauvez, ce n’est pas plus compliqué que cela. Ainsi, tandis que certains s’activent on demande à d’autres de faire le mort. Autour du cou de celui qui s’agite l’étreinte se resserre. Voilà ce que l’on dit. Et que l’autre est cette main quand on ne l’est pas soi-même cette main pour l’autre, car tout le monde est suspect d’être porteur du virus : le Coronavirus. C’est que le Coronavirus s’attaque à la vie humaine et plus qu’à la vie humaine à la vie sociale.

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