Le Coronavirus s’attaque à la vie humaine et plus qu’à
la vie humaine à la vie sociale. Plus de vie sociale alors qu’il y a encore de
la vie humaine. C’est possible à cause du Coronavirus. La vie sociale n’était
pas indemne de quelques troubles, mais de là à conjecturer son arrêt brutal.
Autour de la mort s’organise aussi la vie sociale. Plus de cérémonies funèbres.
Plus d’enterrements. Repli de la vie. Elle est menacée. Ce n’est plus à titre
individuel qu’elle est menacée. Sans quoi tout continuerait comme avant et la
mort aurait dans la vie sa place allouée. Mais c’est de la survie de l’espèce
humaine qu’il s’agit. Pas de préserver des individus, mais de préserver des
populations entières. Le Coronavirus ne fait que passer comme un AVIS aux
populations ou un ange exterminateur. Mais l’on ne voudrait pas qu’il emporte
tout le monde ou trop de monde sur son passage. Et l’existence individuelle
prend de l’importance en tant qu’elle fait gonfler les statistiques et la peur
de l’extinction de l’espèce humaine. Jamais on ne se sera senti si seul
et en même temps comme faisant partie d’un tout, du genre humain. Les
gouvernements de tous les pays, le corps scientifique et médical du monde
entier, se sont mobilisés, la police, l’armée. Des moyens gigantesques sont mis
en œuvre. La recherche s’active. Mais chacun doit rester chez lui. Il n’est pas
mort, mais c’est ce qu’on appelle faire le mort et pour un temps indéterminé.
C’est une pratique de survie bien connue, quand un danger vous menace il faut faire
le mort pour qu’il ne vous tue pas. Quelqu’un vous maintient la tête sous l’eau
afin de vous noyer, vous faites le mort pour qu’il vous croit mort et relâche
l’étreinte et ainsi vous pouvez vous sauvez, ce n’est pas plus compliqué que
cela. Ainsi, tandis que certains s’activent on demande à d’autres de faire le
mort. Autour du cou de celui qui s’agite l’étreinte se resserre. Voilà ce que
l’on dit. Et que l’autre est cette main quand on ne l’est pas soi-même cette
main pour l’autre, car tout le monde est suspect d’être porteur du virus :
le Coronavirus. C’est que le Coronavirus s’attaque à la vie humaine et plus
qu’à la vie humaine à la vie sociale.
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