mardi 7 avril 2020

Le Coronavirus n°5


L’homme trop longtemps livré aux autres, enfin livré à lui-même. Et soudain c’est la création plus que la créature que je sens, l’ermite plus que la multitude. Retour de l’homme à lui-même et fin du vulgaire qui est le commun des mortels. La mort elle-même rend la vie plus pressante et la nature plus présente dans le cœur et dans l’esprit de l’homme. Les choses essentielles à l’homme redeviennent essentielles à l’homme qui retrouve l’essence de l’homme non pas seulement en lui, mais en la nature et en l’autre, parce que l’autre et la nature lui manquent. Je sens que sans occupation il va s’occuper, et que cette occupation sera plus grande et plus saine parce que cette occupation sera la sienne. Le temps de la réflexion qui est ce temps qu’on lui a ôté lui est par la circonstance accordée, et ce n’est pas un répit mais une instance à penser. Je sens que l’homme va changer. Couper de tout, il l’est moins que jamais de lui-même. Et tant que l’homme respire. Et plus que jamais il a le temps de respirer. Il y a de l’espoir. Et je sens que l’homme va changer. Et que si l’homme change le monde va changer. Je sens l’homme désabusé céder le pas à l’homme émerveillé et la création reprendre le dessus sur la créature. En des temps de fin du monde c’est l’origine du monde qui vient souffler au visage de l’homme cette bouffée d’air frais que je sens, que tout homme sent avec moi. Le soleil est au rendez-vous, il y a comme un pressentiment général qui n’est pas de mauvaise augure, qui dément les plus enthousiastes partisans de l’enfermement. Enfermez l’homme! Enfermez l’homme plus longtemps! Il n’en sortira que plus libre. Déjà il sent ce que je sens, car c’est dans l’air du temps, et l’air du temps est au changement. Ne l’avez-vous pas remarqué ? C’est le printemps.

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