Il n’y a d’amour que charnel. On est soi-même comme un
esprit qui voudrait prendre chair, porter vers l’autre par un désir charnel
comme un pur esprit qui voudrait s’incarner et ce qui se passe en nous se passe
en l’autre attiré vers nous par le même désir comme s’il n’était lui aussi que
pur esprit. Et si l’amour est la rencontre de deux esprits il est la rencontre
de deux esprit avides de prendre chair. C’est que l’on est conscient de ce que l’on
pense plus que de ce que l’on est (le je pense donc je suis de Descartes
ne voudrait dire rien d’autre que cela). On est matière mais l’on se pense
esprit, et cet interpénétration des chairs, le besoin qu’elles ont de se réunir
répond sans doute à l’attraction de tout corps, mais parce que nous en éprouvons
le désir nous ne nous y croyons pas forcé comme le serait la matière par la
matière aimanté, nous croyons pouvoir résister à ce désir ou s’y laissé porter,
que nous sommes un esprit qui veut ou qui ne veut pas, sans qu’il n’effleure
jamais l’esprit de cet esprit qui est le nôtre que le désir soit plus attaché
au corps qu’à l’esprit et que le désir puisse être la pensée du corps, que le
corps puisse avoir une pensée et cette pensée être animée par le désir, et il
est peu de pensée qui ne soit pas animé par le désir, que l’on puisse dire
détachée du corps. On admettrait cependant plus facilement que l’instinct soit
attaché au corps puisqu’il est animal. Et pourquoi l’instinct ne serait-il pas
la première forme de pensée du corps, une forme de pensée instinctive qui s’en
serait au long du temps distancé, mais ce terme est peut-être encore employé
par l’esprit de quelqu’un qui se croit esprit, disons alors que l’instinct
serait une forme de pensée du corps qui au long du temps serait devenu si
subtile qu’on n’ait cru qu’elle s’en était détaché ou mieux qu’elle en était
détaché dès l’origine et que nous étions cet esprit qui pense donc qui est.
Alors, l’esprit et la matière font-il un ou font-il deux ? Tout ce que l’on
peut dire en tout cas c’est que quand nous nous aimons ils ne font plus qu’un.
Et si l’esprit ne peut répondre à la question de savoir pourquoi l’on aime
demandons le à la matière.
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