mercredi 25 mars 2020

Le Rapporteur (et ce qu'il dit des puissances de l'esprit et des puissances de la matière)


Quand les extra-terrestres lui demandèrent si c’était le bien ou le mal qui l’emportait sur terre le Rapporteur dit n’avoir assisté qu’à un seul combat sur terre et que, d’après lui, ce n’était pas le combat du bien et du mal, mais plutôt de l’esprit et de la matière ou plus précisément des puissances de l’esprit contre les puissances de la matière et que la religion n’avait été qu’un moyen comme les autres mise à disposition de ceux qui voulaient dominer par l’esprit, et qu’ils en avaient user et abuser, puis il y avait eu d’autres idéologies tout aussi dominante et sacralisée. Mais si on lui demandait maintenant ce qui dominait le monde il dirait que c’était l’argent, et, comme les extra-terrestres n’entendaient pas ce qu’il voulait dire par l’argent, le Rapporteur en parla comme de la puissance écrasante de la matière car elle était celle des possédants qui faisaient fi de toutes croyances parce qu’ils en avaient une qui n’en était pas une mais leur donnait sur toutes le pouvoir et c’était l’argent. Comme les extra-terrestres voulaient en savoir davantage sur les puissants de ce monde le Rapporteur leur confia qu’ils n’étaient pas plus matérialistes qu’idéalistes, quoiqu’ils puissent être l’un comme l’autre, et s’accommodaient de toutes les idéologies car toutes les idées selon eux pouvaient se fondre à la matière, car pour eux seule la matière était incorruptible et non pas les idées. Il n’empêche que parfois ils faisaient éclater la puissance écrasante de la matière à force d’obus sur ceux qui ne voulaient pas entendre raison, faisant entendre par là que la seule raison était la raison de la matière, que la matière ne discutait pas, que la matière était intraitable. Pourtant toujours les idées essayaient de s’imposer sur la matière quoique ce ne fût pas de la manière forte mais insidieusement comme pu le faire une matière plus subtile qui était celle de l’esprit à laquelle la matière brute elle cependant se montrait toujours impénétrable. De quel côté était le bien ? De quel côté était le mal ? Le Rapporteur ne saurait le dire sinon que les puissances de l’esprit disaient que le mal était du côté de la matière et que c’était pour cela qu’ils voulaient s’en rendre maître, tandis que les puissances de la matière disaient que le mal était du côté de l’esprit qui toujours voulait s’imposer à la matière. L’inertie de la matière était la plus grande force de la matière et tandis que les puissances de l’esprit voulaient changer la nature des choses et la face du monde les puissances de la matière lui opposaient leur force d’inertie. Et si je rapporte ce que le commun des mortels en disait de ce combat éternel entre les puissances de l’esprit et les puissances de la matière, c’est que si tout changeait en apparence rien ne changeait en réalité. Certains cependant parlaient d’un âge d’or où l’esprit et la matière n’auraient fait qu’un et beaucoup disputait de qui était la cause et l’origine de leur séparation. Comme il fallait s’y attendre les puissances de l’esprit rejetaient la faute originelle sur les puissances de la matière, et les puissances de la matière sur les puissances de l’esprit. Mais comme dit précédemment les hommes dans leur immense majorité pensaient que cela avait toujours été ainsi et qu’il en serait toujours ainsi, qu’il n’y avait jamais eu d’âge d’or. Et les hommes qui disaient cela, commenta le Rapporteur, devaient être parti prenante des puissances de la matière tant ils semblaient se conformer avec l’état des choses et du monde tel qu’ils l’avaient connu, quand cette croyance à l’âge d’or elle ne pouvait être que le fruit des puissances de l’esprit qui toujours par quelques tours de passe-passe ou tours d’esprit voulaient s’imposer aux puissances de la matière.

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