Quand les extra-terrestres lui demandèrent si c’était
le bien ou le mal qui l’emportait sur terre le Rapporteur dit n’avoir assisté
qu’à un seul combat sur terre et que, d’après lui, ce n’était pas le combat du
bien et du mal, mais plutôt de l’esprit et de la matière ou plus précisément des puissances de l’esprit contre les puissances de la matière et que la religion
n’avait été qu’un moyen comme les autres mise à disposition de ceux qui
voulaient dominer par l’esprit, et qu’ils en avaient user et abuser, puis il y
avait eu d’autres idéologies tout aussi dominante et sacralisée. Mais si on
lui demandait maintenant ce qui dominait le monde il dirait que c’était
l’argent, et, comme les extra-terrestres n’entendaient pas ce qu’il voulait
dire par l’argent, le Rapporteur en parla comme de la puissance écrasante de la
matière car elle était celle des possédants qui faisaient fi de toutes
croyances parce qu’ils en avaient une qui n’en était pas une mais leur donnait
sur toutes le pouvoir et c’était l’argent. Comme les extra-terrestres voulaient
en savoir davantage sur les puissants de ce monde le Rapporteur leur confia
qu’ils n’étaient pas plus matérialistes qu’idéalistes, quoiqu’ils puissent être
l’un comme l’autre, et s’accommodaient de toutes les idéologies car toutes les
idées selon eux pouvaient se fondre à la matière, car pour eux seule la matière
était incorruptible et non pas les idées. Il n’empêche que parfois ils
faisaient éclater la puissance écrasante de la matière à force d’obus sur ceux
qui ne voulaient pas entendre raison, faisant entendre par là que la seule
raison était la raison de la matière, que la matière ne discutait pas, que la
matière était intraitable. Pourtant toujours les idées essayaient de s’imposer
sur la matière quoique ce ne fût pas de la manière forte mais insidieusement
comme pu le faire une matière plus subtile qui était celle de l’esprit à
laquelle la matière brute elle cependant se montrait toujours impénétrable. De
quel côté était le bien ? De quel côté était le mal ? Le Rapporteur
ne saurait le dire sinon que les puissances de l’esprit disaient que le mal
était du côté de la matière et que c’était pour cela qu’ils voulaient s’en
rendre maître, tandis que les puissances de la matière disaient que le mal
était du côté de l’esprit qui toujours voulait s’imposer à la matière.
L’inertie de la matière était la plus grande force de la matière et tandis que
les puissances de l’esprit voulaient changer la nature des choses et la face du
monde les puissances de la matière lui opposaient leur force d’inertie. Et si
je rapporte ce que le commun des mortels en disait de ce combat éternel entre
les puissances de l’esprit et les puissances de la matière, c’est que si tout
changeait en apparence rien ne changeait en réalité. Certains cependant parlaient
d’un âge d’or où l’esprit et la matière n’auraient fait qu’un et beaucoup
disputait de qui était la cause et l’origine de leur séparation. Comme il
fallait s’y attendre les puissances de l’esprit rejetaient la faute originelle
sur les puissances de la matière, et les puissances de la matière sur les puissances
de l’esprit. Mais comme dit précédemment les hommes dans leur immense majorité
pensaient que cela avait toujours été ainsi et qu’il en serait toujours ainsi,
qu’il n’y avait jamais eu d’âge d’or. Et les hommes qui disaient cela, commenta
le Rapporteur, devaient être parti prenante des puissances de la matière tant
ils semblaient se conformer avec l’état des choses et du monde tel qu’ils
l’avaient connu, quand cette croyance à l’âge d’or elle ne pouvait être que le
fruit des puissances de l’esprit qui toujours par quelques tours de passe-passe ou
tours d’esprit voulaient s’imposer aux puissances de la matière.
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